14 septembre 2006

Chroniques d'Osheaga

Un petit texte pour Le Guide des Festivals, site internet Français www.leguidedesfestivals.com

OSHEAGA : Le nouveau géant

L’annonce de la première édition d’Osheaga avait suscité quelques remous de méfiance dans le milieu musical québécois. S’inspirant des « gros » évènements européens et américains en plein air, il programmait les 2 et 3 septembre 50 groupes sur 5 scènes. Cette entreprise de Group spectacles gillet et de Greenland mangeait au passage le bien apprécié Montréal Electronic Groove – le MEG a finalement programmé une des scènes d’Oshega – et croquait dans la visibilité du Festival de musique émergeante d’Abiti-Témiscamingue prévu à la même date dans une contrée éloignée de Montréal.
Ce nouveau géant-festival a pour ambition de devenir un rendez-vous incontournable de la côte Est de l’Amérique du Nord, comme le précise son directeur de la programmation Nick Farkas dans un entretien pour le gratuit culturel VOIR : « Si ça lève comme on l’espère, on voudrait que ça devienne une destination, un peu comme le Festival de Jazz (à Montréal, ndlr), que les gens viennent de partout pour voir ça. »
Osheaga ressemble sans conteste aux grosses machines déjà reconnues, tant par ses défauts : beaucoup d’artistes n’ont le droit qu’à une demi-heure chrono de concert, et ce même parmi les plus célèbres, tel Amon Tobin. Que par ses qualités : il nous livre une flopée de découvertes appétissantes. Le festival fait la part belle de sa programmation aux groupes nationaux et Montréalais, excepté pour ses têtes d’affiche comme Sonic Youth ou Ben Harper. Pour tout européen perdu outre-Atlantique, Osheaga est une sorte de cours de rattrapage des nouveautés canadiennes : Duchess says, Patrick Watson, Malajube…

Morceaux choisis parmi ces découvertes

Samedi 2 septembre :

Duchess Says

Au rang des artistes dont on ne sait pas exactement s’ils jouent un rôle où s’ils sont définitivement perchés : la chanteuse, ou plutôt crieuse, de Duchess Says. Groupe formé dans le but de faire la promotion de l’Eglise des Perruches, D.S. n’amène pourtant aucun artifice parascientifique sur scène, excepté son électroclash déjanté. Considérés comme la révélation du MEG 2005, les quatre dévots reviennent en force : la chanteuse, mal fagotée, mais charmante de délire et de dentition carnassière, vient pogotter dans la foule en transe. Fort à parier qu’on entendra bientôt parler de ce groupe décalé dans la nouvelle mode du Post-punk.


We are Wolfes

Le premier groupe qui nous fera véritablement danser ce samedi : Trois loups déchaînés… et assumés. Batterie, guitare, clavier. Rien de bien extraordinaire à première vue. Une énergie habituelle pour ces groupes électro rock post-punk rythmés. Pas d’apologie à faire là, mais un véritable bon moment à passer. Lâchez-vous, ne fuyez pas les loups.


Dimanche 3 septembre

Wolf Parade
Balances permanentes entre les pièces, les membres de Wolf Parade ont l’allure brouillonne. Le chanteur est carrément blafard, et les bières s’alignent sur la scène. Les membres de W.P sont bien connus pour jouer saouls comme des barriques. Et même si le résultat manque de clarté, les rythmes sont parfaitement soutenus. Le groupe s’est formé en en temps record en 2003, pour assurer les premières parties de leurs amis Arcade Fire. Leur deuxième album sera prêt en janvier prochain.

Final Fantasy
Malgré les conditions sonores peu idéales – Meligroove band sur la scène voisine et des légers larsen quand Owen Palett braille dans le creux de son violon ­– Final Fantasy a toujours ce même effet que d’atterrer son public. Aujourd’hui, il est habillé comme un nerd, petit pull marron sans manche sur t-shirt blanc, mais n’y perd aucunement son charme. Aujourd’hui, en plus du violon, il a apporté son clavier. Ses pédales sont toujours là. Owen a inventé une musique classique d’aujourd’hui. Comme d’habitude et pour le plaisir de tous, il termine par sa petite reprise de Mariah Carey. Et c’est bon, croyez-moi.

Bell Orchestre
Il bruine sur Montréal, un vrai crachin digne de la Bretagne. On s’emmitoufle dans nos capuches de sweet-shirt, le cœur en hiver. Et Bell Orchestre vient nous soigner. Conçu pour mettre en place la bande-sonore d’un spectacle de marionnettes, B.O. a su devenir un véritable groupe, même si l’on rappelle trop souvent que deux membres d’Arcade Fire, la violoniste Sarah Neufeld et le contrebassiste Richard Reed Parry, le composent. Des envolées, pas de paroles, des longues mélodies parfois pleines d’espoirs et parfois aussi tristes que le temps. Je verse une larme.

Basia Bulat
Une demoiselle qui, malgré sa face de norvégienne aux tresses de Fifi brin d’acier, vient d’une petite ville de l’Ontario. Elle passe de rengaines tristes a des ballades envolées et romantiques : « You could be the one ». On a envie de courir dans l’herbe. Pour ne rien arranger à cette ambiance champêtre, le batteur le pianiste et le violoncelliste se sont vêtus de vert. C’est folk, calme et inspirant. Cela s’écoute assis en pensant aux gens qu’on aime. Tiens, depuis quand n’ai-je pas téléphoné à ma mère ?

Kid Koala
Drôle d’idée que de programmer le Kid Koala sous une minuscule tente. Il est 18 h et tout ceux qui n’ont pas la chance de mesurer plus d’un mètre 80 ne verront absolument rien de l’animal prodige des platines… Ou bien si : ils verront l’activité frénétique de ses mains, retransmise sur un écran derrière lui. Elles n’arrêtent pas, en font parfois bien plus que ce que l’on entend finalement au résultat ! Côté musical, le Ninja tunien flatte son auditoire et ose lui offrir des monuments - entre autres Radiohead, Rage against the machine. Il rejouera un quart d’heure plus tard en plein air. Un quart d’heure : le temps de deux pièces mixées. Le show ressemble plus à une promotion d’album qu’à un véritable set DJ.


Patrick Watson
Il ne fait vraiment vraiment pas très beau. En plus, ils ont mis des effets de fumée sur la scène : on se croirait perdu dans le brouillard. Patrick Watson aurait-il pu rêver une atmosphère plus étrange pour le lancement de son disque ? Le monsieur à une légère ressemblance avec Adam Green : les cheveux peut-être… L’air gavrochard et la voix folle, il blues et rock pendant que son guitariste joue du ballon gonflable.

Holy Fuck
Le nom de ce groupe de Toronto sied parfaitement à la musique qui sort de leurs machines : « C’est quoi ce truc ? ». Pas bien évident à définir, Holy Fuck est terriblement innovateur dans les sonorités électroniques. N’hésitant pas nous crever les tympans, les membres de Holy Fuck saturent l’espace. On regrette au passage qu’il n’y ait pas dans les festivals canadiens des distributions de bouchons d’oreille comme dans les événements français. Tant pis, on devra obstruer nos extrémités auditives. H.F. commence son concert en retard, et se fait coupé le son une demi-heure plus tard: Ben harper oblige à l’autre bout du site. Qu’à cela ne tienne, le groupe continue sans ampli, et c’est toujours audible. Cela déménage !


Encore mieux l’année prochaine ?

S’il est clair qu’Osheaga a su concurrencer la qualité de sélection musicale des plus majeurs parmi les festivals, on attend à présent un petit effort pour rendre l’ambiance plus chaleureuse. En commençant peut-être par baisser le faramineux prix de la bière…