20 novembre 2006

Bande dessinée : Ryota du Mandala


Manga cru et croquant

On se demande d’abord un peu pourquoi la couverture de Ryota du Mandala est rose comme un bonbon… Mais dès le premier «épisode», le mystère s’envole crûment. En fait, il s’agit simplement du ton de mise pour annoncer le caractère coquin de ce manga tout récemment traduit. Jambes en l’air, bobettes en goguette, pénis en alerte… Pas de tabous sexuels pour Jun Hatanaka, qui a publié sans interruption les aventures de son héros Ryota de 1979 à 1989 au Japon. 10 ans de succès populaire, dont les deux premiers tomes nous arrivent seulement aujourd’hui, maintenant que nous sommes initiés au genre de la bande dessinée de poche qui se lit de gauche à droite en commençant par la fin.

Ryoto, 17 ans, grandit dans une petite ville thermale japonaise et, plus précisément, dans une auberge que sa mère tient avec sagesse… Et qui dit auberge dans les montagnes, dit bains. Dit aussi corps nus, z’yeutage de derrière les buissons, découverte des plaisirs de la chair et de la vie. Du manga cru – et croquant – où les pulsions sexuelles sont simples : «Je vais me branler toute la nuit», déclare le personnage principal. Pas très profond, me direz-vous. Sauf si l’on a 15 ans – un peu plus ou un peu moins – et que l’on cherche une lecture quelque peu originale pour alimenter ses fantasmes en plein essor. Curieusement, une fois le ton graveleux savoureusement exposé dans le premier chapitre, le manga reprend doucement ses esprits. Sans toutefois s’éloigner du sujet – le sexe, au cas ou vous ne l’auriez pas encore compris – toujours objet de situations farfelues et comiques (heureusement !).

Ryota, dont la laideur adolescente n’a d’égal que la grandeur de cœur – ce qui ne l’empêche pas d’être un obsédé, comme tous les hommes présentés dans le livre – taquine son amie et camarade Tsukiko, part maladroitement à la rescousse des faibles femmes, soutient son ancien professeur de maths pris en flagrant délit d’adultère avec une élève peu farouche… Ce ne sont que quelques-unes des péripéties du jeune effronté, parfois aussi ridicules et invraisemblables que la sentence de ces trois touristes qui souhaitent abuser d’une lycéenne : ils seront reconduits aux portes du village, tout nus comme des vers, avec des graffitis infamants peints sur le corps : «Cet homme est un pervers»

On peut se rassurer de ne pas vivre dans cette peinture particulière du Japon campagnard des années 1970 : les héroïnes manquent de se faire violer toutes les 10 pages! Mais, bien sûr, les méchants sont toujours punis, parfois au terme de démonstrations de karaté, hilarantes pour certains lecteurs, et bien fades pour d’autres. La morale de l’histoire prononcée par un ami de Ryota, «Mieux vaut baiser aujourd’hui qu’étudier demain», a de quoi laisser songeur. Un peu comme ce premier tome de Ryota du Mandala

Ryota du Mandala, tome 1, par Jun Hatanaka. Aux éditions du Seuil dans la collection Mangaself.