26 novembre 2006

BD : Ma voisine en maillot

En petite tenue de préférence !

Il y aurait l’écrivain, et la voisine – en petite tenue de préférence. Elle serait la charmante fille aux larges hanches que l’on rêve de séduire, il serait le gars sympa à la coupe ringarde qu’on pourrait bien rencontrer. Nature, maladroits, comiques et un peu artistes, ils seraient si typiquement montréalais qu’ils en resteraient anonymes.

Il y aurait aussi la copine de la voisine qui préfère les filles, et son fils Kenneth, qui braille beaucoup. Il y aurait les parents qui appellent et qui s’inquiètent, le chat qui est malade, la piscine pendant l’été et les saisons qui défilent… Un jour, il y aurait une panne d’électricité, une rencontre et une histoire d’amour. Entre voisins.

Comment Jimmy Beaulieu fait-il pour raconter des histoires aussi banales et pourtant touchantes ? Pour transporter les clichés citadins au rang des petites oeuvres sensibles et contemporaines ? Si vous le croisez un jour à Montréal, cuisinez-le pour obtenir la recette. Peut-être son mystère s’habille-t-il de coups de crayons papiers, plus ou moins gras, dont Jimmy ne gomme jamais les premiers traits, laissant ainsi croire que l’on lit directement dans son carnet de croquis. Peut-être s’agit-il des frimousses féminines et malicieuses pour lesquelles le dessinateur de -22C et de Le moral des troupes est bien connu… des taches de rousseur de la voisine qui – en maillot ou pas – en ferait chavirer plus d’un.

Jimmy Beaulieu est un obsédé romantique. Il ne se fatigue toujours pas de crayonner les corps peu vêtus – voire pas du tout vêtus – que les températures de juillet rendent frénétiques et que, plus tard, la neige pousse à se réchauffer. Pour ne rien gâcher, il dessine cela avec la dose de tout ce qu’il faut pour trouver un fragile équilibre entre le mièvre et le graveleux.

Habitué à dénuder sa vie au grand jour, comme dans Résine de synthèse, Jimmy Beaulieu signe avec Ma voisine en maillot une de ses premières réalisations fictives. Enfin presque : il n’a pu s’empêcher d’ajouter une postface – autobiographique – qui raconte la genèse de l’album. Et comme Jimmy est généreux – et mélomane – il a aussi écrit un préambule : une sélection précise de pièces à faire jouer pendant la lecture de son album, de Bacharach à The Jam, qu’il faut «commencer en sourdine». Quant au personnage principal, que l’on imagine une sorte d’alter ego de Jimmy, il ne tombera amoureux de sa belle et brune voisine qu’après avoir méticuleusement inspecté sa discothèque. Allons-y pour le test ultime » : Elliott Smith, Joy Division, Sonic Youth… C’est parfait.

Peut-on être objectif devant cet album lorsqu’on est célibataire ? Il n’y a vraiment rien d’extraordinaire dans ce que nous dessine là Jimmy Beaulieu. Ma voisine en maillot est simplement un rêve – dont l’auteur prévoit écrire la suite – que l’on fait chaque fois que la solitude pèse un peu trop.

Ma voisine en maillot, Jimmy Beaulieu, aux Éditions mécanique générale, Les 400 Coups.