22 novembre 2006

Musique : Joanna Newsom

Joanna Newsom
Ys
(Drag City)
Pop-harpe

Seule harpiste – ou presque? – connue pour autre chose que de longues suites irlandaises, Joanna Newsom a décidé, sur un second album au nom imprononçable, Ys, de sortir les violons et d’orchestrer les pincements magiques de ses cordes. Ces arrangements signés Van Dye Parks échappent à toute mode – dans laquelle l’avait doucement introduit The milk eyed mender deux ans et demi auparavant. Les pièces sont radiophoniquement indiffusables, la plus courte dure huit minutes et la plus longue dix-sept. Quant à la couverture cartonnée qui accompagne Ys, elle présente une Joanna-princesse du 16e siècle. Album intemporel? Certainement. Parfaitement réussi? Réponse mitigée.

Sa voix étrange de fond de gorge est remontée un pouce plus haut, et l’écriture des morceaux est beaucoup plus travaillée. Si bien qu’en fin de compte, on regrette le charmant côté brouillon qu’avaient certaines pièces de l’ancien album. Seule Sawdust & Diamonds reste épurée de tout autre instrument que la harpe. Dans les autres pièces – les quatre seules autres en fait, pour un album de 55 minutes – les atmosphères sont inégales. Monkey & Bear sonne carrément bande-originale de Walt Disney, alors qu’Emily devient, plusieurs écoutes passées, enivrante et douce comme la pluie. Qu’on se rassure, tout sur Ys a été pensé pour être joué sans accompagnement. On aura donc encore la chance de voir une Joanna Newsom aux allures d’Iseult – lors de shows aussi bondés que pour son dernier passage à Pop Montréal? – sur de petites scènes où règnent, sans partage, la harpe et le grésillement de la voix.