16 janvier 2007

BD : Mort dans l'âme

À la fin de l’année 2006, deux albums frères sont nés, chacun de leur côté de l’Atlantique. Ils ont le même petit format, le même trait fin, des titres qui riment et un sujet commun. Aude Picault, française, raconte le suicide de son Papa et Pascal Girard, québécois, le décès de Nicolas, son petit frère.

Papa


«Quand je venais chez lui, le couvert était mis. Rien n’y manquait. Dès qu’un plat ne servait plus, il le nettoyait. Il faisait la vaisselle au fur et à mesure. "Ce qui est fait n’est plus à faire".» Deux assiettes, une fenêtre, une cuisine. Si légèrement tracées qu’elles s’envolent, comme les souvenirs. Deux assiettes et une cuisine pour dessiner l’absence d’un papa – bien mignon avec ses lunettes rondes, sa pipe et son air malin. Des larmes de fillettes au cri munchien, les émotions défilent à toute blinde entre les pages. Et nos mains pleurent de les tenir.Moins de temps est nécessaire pour lire cette petite bande dessinée d’Aude Picault que pour y réfléchir, une fois la lecture finie, les yeux perdus sur la quatrième de couverture. Bande dessinée… ou roman graphique? En fait, il y a peu de bulles dans tout l’album. Mais celle du centre frappe. Elle vient de derrière la porte, toute ronde, toute nette. À l’intérieur : trois lettres, un mot, un PAN. Le bruit du fusil.

Nicolas

Avec Pascal Girard, l’atmosphère est moins lourde. Surtout quand il demande à son petit frère au ciel s’il peut l’aider à avoir «Méga man 6 pour Noël», ou qu’il s’aperçoit que son histoire est bien pratique pour attendrir les filles. Mais le fond de l’air de ces 70 pages écrites en deux jours est finalement le même que chez Aude Picault : crise d’angoisse au fond du lit, sanglots aux enterrements… Il y a dans les expressions du personnage de Pascal Girard autant de sentiments différents possibles que de cases. Et toujours cette obsession du souvenir qui s’efface : «Je ne sais même plus comment sa voix sonnait.» (Aude Picault, elle, dit de son papa «ce qui me rend malade c’est que tu ne deviennes qu’un souvenir».)


Deux albums pour faire son deuil. Pour les glisser sous sa table de nuit, et les regarder souvent, un dessin par-ci par-là, et se rappeler d’aimer les vivants (ben oui, quétaine mais vrai).


Papa, Aude Picault, l’Association.
Nicolas, Pascal Girard, les 400 coups/mécanique générale.