25 mars 2007

Crime sur boîte aux lettres


Dimanche 17 septembre. Au coin des rues Saint-Laurent et Saint-Viateur, nous rencontrons le lapin des postes. Découpé et collé là, sur la boîte rouge qui avale le courrier. «Ben qu’est-ce que tu fais tout seul ici ?» Il est de l’art urbain, nous explique-t-il. Un truc qui ne sert à rien, mais qui décore nos villes. «Enfin qui ne sert à rien, c’est les mauvaises langues qui disent ça !» On discute, on s’attarde : le lapin est bavard, heureux qu’on le remarque enfin. Il est coquet, retouche son maquillage et pose. On sort nos appareils photo.

Une semaine plus tard, on repasse au même endroit, pour apporter des carottes à notre ami. C’est encore un dimanche et le Mile-end bouillonne, secoué par le vent. Il y a des casques à vélo, des bébés qui courent partout et des jupes qui s’envolent. On se penche doucement sur la boîte et… notre lapin des postes s’est envolé, lui aussi. En fait, pour être plus exact, il est mort. Écrasé sous une affiche d’un concert à la Sala Rossa : «No Means No». Cela n’a pas de sens, en effet. On ne voit plus de lui que le bout de son pompon qui dépasse. L’affiche, en son centre, porte des marques de déchirures : notre ami s’est-il débattu ? Personne ne l’a entendu crier ? C’est impossible !

Une pensée angoissante nous vient plus tard… Peut-être le lapin a-t-il attiré son assassin d’un battement d’oreille. Il se serait laissé étouffer, calmement, ayant compris son dessein éphémère. Voici une histoire de l’art urbain, généreux et fragile. Chassez-le, vous aussi, avant qu’il ne disparaisse…