16 mars 2007

Dans les rellignes d'Iris


Un article de Quartier Libre publié en novembre 2006 qui n'avait pas encore été mis en ligne...

Carnets malicieux

Une planche chaque jour pendant trois mois. Quatre ou cinq heures de dessin quotidiennes, pour nourrir un blogue estival et en couleur. Voilà le défi que s’est lancé en juin 2005 Iris, 22 ans, alors qu’elle finissait sa deuxième année du bac en bande dessinée de l’Université du Québec en Outaouais. Un projet astreignant, dont la plus belle récompense vient tout juste de sortir : Mécanique Générale publie, un an plus tard, toutes les planches de l’été 2005 de la jeune finissante. Des carnets autobiographiques, sans prétention, malicieux, toujours pleins de vie… dans les rellignes d’Iris.

Son chum, ses chats, sa mère française, ses amis d’enfance, ses premières jobs, son stress, ses colères, son enthousiasme… Son caractère. Au bout de 102 pages d’anecdotes et de souvenirs personnels, on connaît Iris un peu comme une copine. Elle nous raconte la fois où, à 9 ans, sa maîtresse écrit dans son agenda qu’elle est «déconcentrée en cours par les garçons», pour le faire signer à ses parents. Et puis celle où elle échoue lamentablement aux tests théoriques du permis de conduire. Bien sûr, tout cela reste anodin, mais amusant.

Pas l’ombre d’une fioriture dans les cases. Les coups de crayon sont simples, comme le sont les scénarios. De toute façon, dessiner, Iris n’adore pas vraiment cela, comme elle l’avoue sur son blogue le 29 juillet 2005. «Moi ce que j’aime, c’est raconter des histoires. J’aime pas dessiner des choses compliquées, mais j’ai tellement de plaisir quand je dessine l’expression que je veux ou que je ris moi-même d’une de mes cases.» Un vrai bonheur que ces expressions. Mario Beaulac, un de ses professeurs de l’UQO, les compare pertinemment à celles de Charlie Brown. Un peu de Lewis Trondheim aussi, peut-être, dans les bouches de ses félins de compagnie qu’elle personnifie avec tendresse. Pour comprendre le talent de la jeune bédéiste, il faut voir la tête de son amie Valérie lorsqu’elle trouve un bébé canard dans la rue, ou les yeux de son amoureux Etienne quand un Ontarien saoul lui propose de se battre dans la rue!

Au fil des planches, on rencontre quelques figures de la BD locale : Antoine Corriveau et Evelyn M. par exemple. Plus tard, dans les quelques pages annexes qui racontent le lancement de Plan cartésien – un ouvrage de Mécanique générale regroupant les travaux d’artistes québécois (lire Quartier Libre Volume 14, numéro 2) – on découvre les têtes de Jimmy Beaulieu, Pascal Girard, Jean-Louis Tripp…

Chouchou de la relève québécoise du moment, Iris était invitée en personne au dernier festival de BD de Gatineau. Elle prépare de nombreux projets collectifs, dont un récit pour la revue Le Scribe des éditions Premières Lignes, co-écrit avec Evelyn M, et une collaboration avec Pascal Girard qu’elle considère comme son «âme sœur» de bande dessiné. Iris : une artiste pleine de promesses, dont on observera avec joie le travail grandir, mûrir et changer.

Dans mes rellignes, par Iris, aux éditions Mécanique générale.
Le blogue d’Iris : monsieurleblog.canalblog.com