6 mars 2007

David B. : Trois Contes

Le jardin armé et autres histoires, David B



Il y a quelque temps, David B. a claqué la porte de L’Association, la maison qui a porté les six tomes de son chef-d’oeuvre (mot réfléchi) L’ascension du Haut-Mal. Depuis, son ancien éditeur, Jean-Christophe Menu, n’a de cesse d’accuser sonnouvel éditeur, celui de Futuropolis, de marcher sur ses plates-bandes, entre autres récriminations. Mais ceci est une autre histoire...

David B. (né Pierre-François Beauchard à Nîmes en 1959) est parti avec, sous son bras, deux histoires publiées de 1996 à 1998 dans la revue Lapin : « Le prophète voilé » et « Le jardin armé ». Il a dessiné une suite inédite à la seconde histoire (intitulée Le tambour amoureux) qui clôt le livre chroniqué ici. Trois chapitres que l’on découvre et redécouvre avec le même bonheur, en s’attardant sur la complexité des histoires, et le détail symbolique du dessin.

Si l’univers du premier conte (le Moyen-Orient) n’est pas le même que celui des deux qui le suivent (le Moyen Âge), entraînant ainsi un léger déséquilibre, les trois opus se rejoignent dans leur style. Au noir et blanc habituel de David B., s’ajoute un dégradé de marron. Le tout, gravé comme une enluminure du XVème siècle, avec squelettes et femmes nues en sus.

Le mélange guerrier et religieux qui parcourt les pages du Jardin armé a sans conteste lui aussi une proximité cohérente. Que les personnages s’inspirent des califes des Mille et Une Nuits ou des chevaliers de la Prague médiévale, ils parlent tous de Dieu. D’un dieu invoqué pour justifier les massacres, et d’un paradis qui reste inaccessible jusqu’à la fin. Inquiétant et philosophique, ce recueil est un exercice de style particulier, définitivement pas du tout fait pour attirer les foules de lecteurs (et bien difficile à décrire fidèlement). Aux lieux communs des vieilles histoires, David B. mêle une imagination précise. Elle est peuplée d’adamites, de taborites, de puits mis en abîme dans lesquels croupissent les morts, de fruits qui rendent fous et malades mais font oublier la misère, de tohu-bohu qui tourne au fond des yeux...

Quelques-uns d’entre nous considèrent avec tristesse la perte de la presque moitié de leur vie dans un sommeil pourtant réparateur. David B., sans doute, n’est pas de ceux-là. Près de ses rêves et de ses cauchemars, on imagine qu’il les raconte, les ressasse, les inscrits, peut-être, dans un carnet, au réveil. On imagine... Car explicitement (dans Le cheval Blême, L’Association, 1992) ou non (dans ces trois contes publiés sous le nom de Jardin armé et autres histoires), les livres de Monsieur B. empruntent aux films qui tournent dans son hémisphère onirique quand la lumière est éteinte.

Le jardin armé et autres histoires, David B., Futuropolis.