19 mars 2007

Jeanne Chérhal : L'eau


JEANNE CHÉRHAL
L’eau
(tôt ou tard)

Réalisé par Albin de la Simone, L’eau, troisième album de Jeanne Chérhal, n’a pas d’aquatique que le nom. Il flotte, bercé par une voix ronde et calme, qu’on ne connaissait pas encore bien à la demoiselle. Le disque est moins brouillon que ne l’était le second, 12 fois par an, qui, lui-même, était déjà beaucoup plus soigné que son précédent. Première impression ? Un sentiment proche de celui que l’on avait connu lorsque la chanteuse s’était coupé court ses longues tresses brunes : le regret. Où est notre Jeanne criarde ?
Tout le monde grandit. Il ne faut pas se laisser impressionner par cette maturité. Mais se concentrer, écouter. Comprendre cet album, définitivement ancré dans une féminité toute simple et belle, entre une histoire de femme voilée, un moratoire sur l’excision et un remerciement si doux : «Pour cette pilule insensée, que je prends sans y penser. Moi qui n’ai jamais fait l’amour avec un compte à rebours». Il faut naviguer entre les pièces écueils (la pièce L’eau est tout bonnement insupportable) pour s’échouer sur les petites îles au trésor. D’abord, l’hilarante Une tonne, dans laquelle une obèse se prélasse dans les bains bouillonnants du Desdémone. Puis, cet hymne à la faiblesse, Voilà, où s’étale la difficulté de jeter dehors les amants, les mauvaises habitudes et les vieux souvenirs. «Je n’écoute que moi qui ne veux que mon bien, mais je parle si bas que finalement je n’entends rien.» L’interprétation vous appartient. Tout comme l’effort de passer par-dessus l’apparente banalité de L’eau.

Texte publié dans le Quartier Libre.