13 mars 2007

Premières mailles

Un article pour Quartier Libre. La version papier sort demain ! Photo Daniel BEAUMONT.


Rencontre avec Catherine Leduc et Mathieu Beaumont de Tricot Machine

Les flocons dansent doucement, coin Fabre/Everett, dans le vent. Rendez-vous avec Catherine Leduc et Mathieu Beaumont, désormais connus sous le nom de Tricot Machine. On venait pour parler d’un album qui sort le 20 mars. On rencontre les grands yeux bleus d’une tricoteuse et le mignon sourire d’un amoureux des bernaches.

Le téléphone est jaune poussin, le pot de café rouge vif. Les pièces peintes en bleu, orange, violet, avec des papillons sur les murs et des chevaux dans les rideaux. Cachée au fond de leur «chez eux», la machine à tricoter est fière d’avoir donné un nom à tout ça. Car avant d’être chanteuse, Catherine Leduc, 27 ans, est tricoteuse. Elle travaille pour la designer Lysanne Latulippe de la compagnie Majolie. Mathieu Beaumont, âgé d’à peine deux semaines de plus, a aussi son truc à lui : les oies sauvages. Biologiste, il piste les bernaches qui nichent sur les îles de Varennes et de Repentigny.

La musique, pour ces deux grands enfants de Trois-Rivières, c’est toute une aventure.
«J’apprenais le piano, mais je ne le pratiquais pas assez; je me disais que c’était peine perdue, que je ne serais jamais un virtuose. Plus tard, j’ai joué dans quelques groupes punk-rock. Mais même en commençant Tricot Machine, je ne pensais vraiment pas que je pouvais être le gars qui chante!», raconte Mathieu. «Ni l’un ni l’autre nous ne sommes des grands musiciens, c’est plus notre personnalité qui compte», enchaîne Catherine. «On a trouvé une façon de raconter des histoires avec une couleur qui nous plaît», conclut Mathieu.

On s’assoit pour un café dans la cuisine. Catherine montre la grande table en bois : «C’est là qu’on a fait le clip!», à coups de bouts de laine et de boutons pour écrire les titres des morceaux de leur album éponyme : Une histoire de mitaines, La semaine des 4 jeudis, Un monstre sous mon lit... La vidéo est en ligne sur leur site Myspace. D’ailleurs, «c’est grâce à Myspace que notre étiquette Grosse boîte nous a découverts et contactés.» Ainsi, avec Jacquemort et Le Husky, Tricot Machine est l’un des premiers groupes à signer sur cette branche exclusivement francophone de la maison Dare To Care.

Bientôt 5 ans que Catherine et Mathieu se connaissent. «Je l’avais vu avant, au cégep, quand j’étais jeune, je le trouvais de mon goût...», raconte la première. «Mais j’avais pas mes lunettes!», poursuit le second. Tricot Machine a démarré à tâtons. Plutôt trio que duo, le groupe est en fait une histoire de famille. Le troisième homme, et pas des moindres, c’est Daniel Beaumont, le frère de Mathieu. Auteur d’une partie des textes de l’album, on lui doit la balade amoureuse et enneigée Les peaux de lièvres. En 2005, il a été nommé meilleur parolier du festival en chanson de Petite-Vallée. «Ça lui a donné des ailes et a porté le projet de Tricot Machine», pense Mathieu. Un peu plus tard, le musicien David Brunet est passé par là. Il a aimé, et il a finalement réalisé le disque.

La méthode? Du travail d’équipe. Parfois, Daniel donne le texte à Mathieu pour qu’il fasse la musique. Parfois, Mathieu compose en chantant des «nananas» et donne la musique à Daniel. D’autres fois encore, comme pour Pas fait en chocolat, c’est Catherine qui écrit, et tout le monde s’affaire à la musique. Pendant l’enregistrement, Mario Légaré et Simon Blouin sont venus donner un coup de patte dans cet univers froid et enfantin, peuplé d’animaux.

Le résultat ? Depuis trois mois, Tricot Machine tourne sur une bonne poignée de radios montréalaises. Le succès ne leur fait plus vraiment peur. «L’idée, c’est de faire juste ce qui nous tente et de rester fidèle à nous même. Le trip de Tricot Machine, c’est que c’est intime, donc on aimerait que cela reste comme ça», expliquent ensemble les deux oiseaux. «Qui veille sur nous pour que tout soit si facile?», se demande Catherine.
Dans un bout de cuisine, on écoute en primeur trois des 13 chansons du disque, jouées sur un vieux poste, «notre radio-poubelle», rigolent-ils. L’histoire d’un dimanche après-midi pluvieux, celle d’un petit ours, une scène de ménage au savon... Un album sur l’hiver qui sort tout juste à temps pour l’équinoxe.

Tricot Machine lance son album le 27 mars au Cabaret Juste pour Rire.