28 avril 2007

Le marcheur anonyme, de Pishier


Bande dessinée : Le marcheur anonyme, de Pishier.
Une Chronique pour Quartier Libre

Le personnage du marcheur est né dans les racines d’un petit arbre à Jonquière, dans les années 1970, nourri par les histoires d’enfance (parfois tristes) de son dessinateur Pierre Girard. Sorti de terre trente ans plus tard, avec un ver de terre dans les cheveux, il court raconter au monde les aventures de son auteur-géniteur, compilées dans un premier « vrai » livre. Ainsi commence Le marcheur anonyme, l’histoire d’un bonhomme masqué, coupable de rêver beaucoup la nuit, et le jour aussi. D’être heureux souvent, mélancolique quelquefois. D’aimer le café, la cigarette et les bas à motifs.

À présent québécois (de Québec) jusqu’aux baskets, Pierre Girard est avant tout un illustrateur. De la signature qu’il adopte depuis 11 ans, PisHier, sachez bannir le phonème « ch ». Car il s’agit d’un beau jeu de prénom : « Pis, hier ? Comment était la soirée ? ». Graphiste pour Le Soleil, Urbania et diverses publications, fondateur du Fanzine Bidon, Pierre Girard attaque la bande dessinée avec tout juste un peu de difficulté pour la surmonter courageusement. On sent qu’il tâtonne pour faire tenir son récit debout, et le tout tient grâce au ton singulier de son dessin : décalé, charmant et expressif. Voire coquin, à ses heures.

Le résultat ? Une juxtaposition étrange, puisque les histoires du marcheur sont entrecoupées de réalisations déjà éditées auparavant. On retrouve deux strips de Pencil Kid publiés dans Quartier Libre à l’automne, une série de planches dessinées pour Plan Cartésien, et l’intégralité du fanzine Une histoire de fromage en crottes, amélioré pour l’occasion. L’impression que Le marcheur anonyme n’est pas un livre à part entière flotte un peu, mais l’entreprise est sympathique pour tous ceux qui n’ont jamais entendu parler de PisHier.

Dans les rues de la vieille capitale, le marcheur anonyme croise l’homme qui parle aux Corvette, une prostituée flyée, des baleines sur des cargos et deux ours qui dînent dans un resto. Un Batman aux deux visages règne derrière cet univers haut en imagination, et c’est sans doute ce super-héros qui inspira au petit marcheur le port d’un masque. Croisé pendant l’OFF-iciel du festival de BD francophone de Québec, dont il était le principal organisateur, Pierre Girard avouait aimer l’idée de porter ce même masque pour sortir dans Québec. Mais le sien, il serait en matière poilue.

Le marcheur anonyme, par PisHier, chez Mécanique Générale.