29 avril 2007

Luck Story


Entretien avec le bédéiste Francis Desharnais pour Quartier Libre

Avec Esprit de bottines, Francis Desharnais a gagné le prix de bande dessinée « Regard sur la ville », organisé conjointement par l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), le Festival international de BD d’Angoulême et celui de BD francophone de Québec. C’est aussi lui qui dessine la série Lock Story, publiée cette année dans Quartier Libre. Croisé à Québec pendant le Salon du livre, il raconte ses débuts dans le monde des strips.


Quartier Libre : Francis Desharnais, qui es-tu ?
Francis Desharnais : Je suis un gars de 29 ans, qui reste à Québec depuis 15 ans. J’ai étudié en graphisme, puis, vers la fin de mes études, j’ai bifurqué vers l’animation. J’ai travaillé beaucoup avec l’Office national du film. En ce moment, je suis employé pour 6ix degrés, une boîte qui fait de la production télévision en animation à Québec. Mais depuis deux ans, dès que j’ai un peu de temps, je reviens à mes premières amours : la bande dessinée.

Q. L. : Faisais-tu déjà de la BD quand tu étais plus jeune, avais-tu écrit des fanzines ?
F. D. : Pas vraiment des fanzines, mais pendant mes cinq années de secondaire, j’ai suivi des cours de bande dessinée aux Ateliers Imagine, le vendredi soir. J’y ai eu plusieurs professeurs comme Jean-Philippe Côté et Jean-François Bergeron. C’est là que j’ai appris tout sur le langage de la bande dessinée.

Q. L. : Comment as-tu eu connaissance du prix « Regard sur la ville » de l’OFQJ ?
F. D. : Le milieu de la BD à Québec est vraiment tout petit, donc tout le monde connaît tout le monde. J’avais déjà rencontré Thomas-Louis Côté, le président du Festival de bande dessinée francophone. C’est lui qui m’a informé du concours, juste une semaine avant la date de remise. Alors, j’ai travaillé fort toute une semaine pour pouvoir remettre une planche.

Q. L. : Comment as-tu abordé le thème ?
F. D. : Partout, on parlait beaucoup du 400e anniversaire de Québec. J’aime beaucoup cette ville, ça fait longtemps que j’y habite et j’ai envie d’y rester le plus longtemps possible. J’ai voulu faire un condensé en une page de l’histoire de la ville et de ses grands événements, comme la bataille des Plaines d’Abraham, le Sommet des Amériques... J’ai créé un petit personnage qui se promène dans Québec et qui croise quelques-uns de ses principaux acteurs. Je parle même des filles du Roy, qui sont sur la Grande Allée et croisent les Nordiques de Québec.

Q. L. : Ce prix t’a permis d’aller au festival BD d’Angoulême ?
F. D. : Oui, j’y ai passé 10 jours en janvier. C’était comme un rêve de petit gars de pouvoir m’y rendre. C’est assez gigantesque, il y a plusieurs sites et le site principal est grand comme le Salon du livre de Québec. Mais là-bas, ce n’est que de la bande dessinée ! On se rend compte qu’il y a beaucoup de choses qui ne se rendent pas jusqu’ici, et qu’il y a beaucoup d’albums qu’on ne pourra jamais lire, simplement parce qu’il y en a trop. Ma planche Esprit de Bottines a été exposée pendant le festival là-bas, et aussi à la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec pendant le festival.

Q. L. : Ce concours, est-il, selon toi, une bonne occasion de faire des liens entre les auteurs BD des différents pays de la francophonie ?
F. D. : Je n’ai pas fait de contacts professionnels avec des maisons d’édition françaises, par exemple. Ou bien avec des auteurs reconnus et établis. Nous n’étions pas logés à la même place. Par contre, j’étais logé avec les participants d’un autre concours, « Jeunes Talents » : ils sont comme la relève de ce qui va sortir en bande dessinée dans les années à venir. Avec eux, j’ai beaucoup tissé de liens, et on reste en contact par courriel. Ils m’ont proposé de participer à leur webzine(www.numo.fr), mais, pour l’instant, je n’ai pas encore le temps de le faire. Ma planche a été vue, j’ai été là, j’ai croisé des personnes ; je suis sûr que ça va être profitable pour l’avenir. Disons que « Regard sur la ville » a surtout tissé des liens entre les relèves québécoise et française. On va progresser chacun de notre côté, et, sûrement, être appelés à se revoir.

Q. L. : Quels sont tes prochains projets de bande dessinée ?
F. D. : Je devrais sortir un album de strips en novembre chez Mécanique Générale. Je peux en parler un peu, mais c’est dur à expliquer parce qu’il s’agit d’un sujet un peu sensible. Cela s’appelle « Burquette ». C’est l’histoire d’une petite fille qui trippe sur la musique américaine et commerciale, comme celle de Britney Spears, sur les journaux à potins, etc. Son père est découragé : il aimerait éveiller en elle une sorte de conscience sociale. Mais il s’y prend de manière un peu brusque et lui impose de porter une burqà pendant un an, même s’ils ne sont pas du tout musulmans, ni religieux ! Elle ne sais pas trop ce qui lui arrive. On la voit avec ses amis : il y en a qui comprennent, d’autres pas du tout...

Q. L. : Tu avais déjà publié des choses avec Mécanique Générale?
F. D. : J’avais dessiné une BD, On joue aux réfugiés, pour le recueil Terriens, qui regroupait des planches contre le racisme. Et puis un projet dans Plan Cartésien (Cyclope opus 3), une sorte de recueil de tout ce qui se fait en BD québécoise en ce moment. En 2003, j’ai passé un an à Paris pour travailler avec Florence Miailhe, une réalisatrice de cinéma d’animation. J’ai pris plein de notes et de croquis parce que j’avais le projet d’en faire un court film, mais je n’ai jamais vraiment réussi à le développer. Quand Jimmy Beaulieu (éditeur de Mécanique Générale) m’a proposé de participer à Plan Cartésien, j’ai repris mes notes pour faire deux planches.

Q. L. : Quels sont les auteurs que tu admires le plus ?
F. D. : J’ai beaucoup aimé Gotlib quand j’étais jeune, et tout ce qui s’est fait dans Pilote. J’ai appris à lire avec Lucky Luke... Il y a en a tellement que j’aime ! Maintenant, le genre qui m’attire le plus est la BD autobiographique ; il se fait des choses extraordinaires dans ce domaine. Mais je me verrais mal en faire moi-même. Je suis plutôt intéressé par la création de strips. Dans le strip comme tel, il y a bien sûr Schulz (Peanuts) et puis Bill Watterson (Calvin & Hobbes). Puis, évidemment Quino, avec les Mafalda. Et au Québec, j’aime beaucoup Ben, par Daniel Shelton.

Francis Desharnais
OFQJ