9 avril 2007

Mieux vaut en rire

Le journal d’un remplaçant, Martin Vidberg, éditions Delcourt, collection Shampooing.


Parce qu’un écran d’ordinateur ne remplace jamais un livre – nous sommes en tout cas nombreux à prier pour la chose – les éditions Delcourt impriment dans la collection Shampooing les carnets de bord de quelques blogueurs élus. Lewis Trondheim en personne dirige cette collection qui mousse pas mal, puisqu’elle réédite allégrement ses succès. Tel Le journal d’un remplaçant de Martin Vidberg, qui arrive tout juste au Québec.

L’histoire commence un 1er septembre. Un élève profite de sa dernière journée de liberté et salue son ancien maître. Nous, on enfile nos cartable lestés de souvenirs d’école, et on se dit : «C’est parti pour un livre et une année scolaire bien ordinaire.» Que nenni ! La rentrée, pour Martin Vidberg, jeune prof au primaire, n’a rien de banal. Remplaçant, il ne sait ni le lieu ni la classe dans lesquels il ira enseigner les semaines suivantes. Passées une poignée de missions « courte durée », il débarque le 14 octobre dans un institut de redressement pour élèves ultra-violents. Un jour éducateur, l’autre psychologue, il n’apprendra qu’une seule chose de sa structure mère « Éducation nationale » : se débrouiller tout seul.

Les mois défilent, rythmés par un humour franc et léger. On rit de tout, même quand la situation est loin d’être drôle. Mais il vaut mieux en rire sûrement, pour affronter toutes les violences physiques et verbales possibles, réunies dans la caboche de six gamins qui en ont trop vu pour leur âge. Pour le nouvel enseignant, les victoires sont minuscules, mais elles font tenir bon. Emportés par une tension quotidienne – le stress tient Martin Vidberg par l’estomac – on lit Le journal d’un remplaçant d’une traite.

Les personnages, des bonshommes patates aux expressions bien léchées, sont la marque d’un livre ou le fond prime sur la forme, même si la forme patatoïde sert avec malice ce fond profond. À sa fête, Martin Vidberg se faisait offrir toute une panoplie de livres de recettes à base de pommes de terres. «Je réfléchis sérieusement à la possibilité de faire une bande dessinée avec des personnages en forme de billet de banque», écrivait-il.

Pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir Le journal d’un remplaçant en couverture cartonnée, un petit voyage internet s’improvise facilement. Les pages de la première édition du journal sont disponibles ici, et Martin Vidberg continue d’alimenter son blogue.