24 mai 2007

Chorégraphie furtive entre miroirs


Dans le cadre des Transamériques, je suis allée voir hier soir Umwelt, de Maguy Marin.

Umwelt, mot allemand signifiant « Milieu environnant ». Le milieu de cette chorégraphie sous-titrée « Et le vent nous emportera » est aussi son personnage principal : un milieu qui fait tenir debout une heure de pièce furtive. Trois rangées de miroirs secouées par l’air qui souffle, entre lesquels les danseurs passent, repassent et effectuent des scénettes répétées, déclinées sur le mode des gestes très (trop?) communs : s’embrasser, ramasser un livre, porter un enfant... Servir, combattre, régner. Autant de facettes de ce que l’homme peut-être.

On m’avait dit : « Tu vas voir, cette pièce a fait scandale. Plein de gens sortaient avant la fin ». Hier soir au Monument national, personne n’a quitté son siège. Peut-être par respect pour les 47 $ que la plupart ont déboursés. Moi, je m’attendais à voir des trucs choquants, un peu sexuels, genre fura del baus. Que nenni ! Il ne se passe rien. Et c’est bien pour cela que certains s’insurgent.

Si j’avoue avoir failli m’endormir en voyant pour la 10ème fois un danseur fixer sur sa tête une couronne en papier argent, bercée par une bande sonore rugissante comme un moteur d’avion (on se croirait sur la piste d’un aéroport, d’ailleurs emportez une petite laine car il y a des sacrés courants d’air dans la salle), je dirais tout de même que j’ai apprécié le moment.

D’abord, c’est magnifiquement interprété, danser avec si peut à faire et à montrer, chapeau ! La synchronisation est époustouflante, et sa déconstruction progressive aussi. Les couleurs chatoient, les gestes touchent. Comme lorsqu’un interprète arrête sa ronde infernale pour toiser le public pendant une minute, lumière allumée, et provoquer une émotion certaine. Que signifie cette immobilité soudaine face à tous les autres gestes vains ? J’y ai vu trace peut-être d’une interrogation dépressive...

Et puis dans cette danse bien menée, l’on voit apparaître doucement des signes de sa folie. Une carcasse d’animal, un coup de pied dans un enfant, une femme qui tombe à terre, un corps nu porté sur des épaules. Et des cris, des précipitations qui montent sans brusquer.

Mon voisin de siège m’a dit « C’est une idée étirée pendant une heure. 5 minutes auraient suffit » Mais moi, j’aime bien avoir du temps pour m’imprégner d’une idée.

Ah oui, j'aimerais bien revoir le spectacle côté coulisses, car les changements rapides de costumes doivent être plutôt impressionnants !