7 juin 2007

Bruce Nauman au Musée d'art contemporain


Publié dans 24 h


Jusqu’au 3 septembre 2007, le Musée d’Art contemporain de Montréal présente en première canadienne l’exposition Bruce Nauman. Reconnu pour son travail de pionnier dans l’utilisation du néon et dans l’installation, Bruce Nauman continue d’influencer les nouvelles générations d’artistes.


Nul besoin d’en connaître des rayons sur l’art pour apprécier l’oeuvre de Bruce Nauman : elle porte son message clairement, sans fioritures. Né en 1941 dans l’Indiana, l’artiste a eu maintes fois l’occasion d’exprimer des commentaires politiques au travers de ses créations. Antimilitaristes par exemple, avec Five marching men, ces cinq clowns ridicules marchant au pas. « Mon travail provient d’une frustration devant la condition humaine. Devant la manière dont les gens refusent de comprendre les autres. Devant la manière dont les gens peuvent être cruels les uns envers les autres », explique-t-il. Humaniste, certes, mais très loin d’être naïf, Bruce Nauman a l’oeil acerbe lorsqu’il s’agit d’observer le monde tourner, pas si rondement que cela. Il invoque régulièrement la violence et le sexe dans son travail, mêlant savamment vulgaire, humour et tragique.

Volet 1 : Elusive signs


On dit qu’il eut l’idée d’utiliser le néon en installant son atelier dans une épicerie désaffectée, alors qu’une enseigne de promotion de bière restait suspendue au mur. Sur le parquet laqué du Musée d’art contemporain, les couleurs des néons s’alternent et se reflètent. L’oreille attentive, on perçoit le grésillement singulier des tubes de lumière. L’atmosphère de l’exposition Bruce Nauman est si particulière qu’elle vaut le déplacement à elle toute seule. Nombre des néons exposés témoignent d’un intérêt de leur concepteur pour l’écriture, et les jeux de mots. Dans ce domaine, son oeuvre la plus marquante Live and Die est un véritable poème géant, dont les possibilités de lectures engendrées par l’ordre d’allumage des différentes lignes qui le compose rappellent un jeu oulipien. Les 16 pièces exposées de ce premier volet Elusive Signs ont été rassemblées par le Milwaukee art museum.

Un second volet exclusif à Montréal


La seconde partie de l’exposition a été conçue par Sandra Grant Marchand, conservatrice au Musée d’art contemporain. Elle réunit plusieurs vidéos sur le thème des gestes du corps humains. Impressionnante, l’installation Clown Torture génère un univers clos, un brin angoissant, proche de celui de Samuel Becket. Enfin, la fontaine One hundred fish, aussi belle que le son qu’elle émet est doux, clôt la visite. Elle a été construite autour des souvenirs personnels de l’artiste, alors qu’enfant, il pêchait avec son père dans le lac Michigan.

« Cette exposition est entièrement basée sur l’expérience des visiteurs, ils vont expérimenter une désorientation de lumière et d’espace », prévient Joseph D. Ketner Il, conservateur en chef du Milwaukee art museum.