3 juin 2007

Hey girl ! Sors de ta coquille. (critique dityrambique)

Et voilà avec Forêts (Wajdi Mouawad), l'expérience théâtrale m'ayant le plus touchée cette saison. Mais peut-on encore appeller cela du théâtre ? Pas plus que ce n'est un spectacle de danse...

Hey Girl ! par Romeo Castellucci, italien de la Societas Raffaello Sanzio (Gilgamesh, Giulio Cesare, Voyage au bout de la nuit, Il Combattimento), serait plutôt une véritable immersion dans un univers inclassable, parrallèle, inconscient, complètement intriguant, et dans lequel je serais bien restée une ou deux heures de plus.

Usine C, 20h. Dans la salle règne un terrible brouillard. On ne voit pas à deux rangées, on lutte pour trouver quelques sièges libres. Lorsque la pièce démarre, à travers la fumée on aperçoit à peine une forme, comme couchée sur une table d'opération, qui dégouline d'une matière mi-organique. Sécouée par des soubresauts, la forme se dégage doucement, très doucement, de ce qui semble être une chrysalide, une peau morte, un placenta. Visqueux.

C'est à une naissance (une renaissance?) d'un être chétif, fragile, déformé, (malade?) que l'on assiste. Une seule certitude : l'être est féminin. Un être à qui il reste à tout apprendre, à tout surmonter (la solitude, les coups, la nudité) à tracer un chemin qui évite les symboles, les clichés. Rester femme mais ne pas être Jeanne d'Arc, ne pas être Juliette. Être Ève, peut-être, mais une nouvelle Ève.

Même si parfois c'est lent, même si tout le temps c'est étrange, Hey Girl ! est une source d'inspiration inédite, un endroit à explorer, à investir, à poursuivre.

La beauté visuelle du tout est terrifiante, et la bande sonore (de Scott Gibbons) vient déclancher toutes les émotions de la pièce. Les deux comédiennes, Silvia Costa et Sonia Beltran Napoles, telles les deux faces d'un même personnage (blanche et noire, faible et forte, tête et corps) se croisent, s'enlaçent, s'observent, se libèrent, se construisent l'une avec l'autre.
Devant nos yeux absobés, et nos p'tits culs bien plantés dans le strapontin.

Attention tout de même : un grand nombre d'entre vous risque de ne pas aimer....
Merci à Transamériques d'avoir fait ce choix audacieux.