20 juin 2007

Le Wapikoni Mobile


Hier dans 24 h.

Depuis 2004, le Wapikoni Mobile, un studio de production audiovisuelle installé dans une caravane, roule vers les territoires autochtones du Québec. Son objectif ? Apprendre aux jeunes des communautés à réaliser leurs propres films et enregistrements sonores. Ces courts-métrages seront projetés mardi 19 juin, pendant le festival Présence autochtones. Rencontre avec Manon Barbeau, une cinéaste militante sans qui la Wapikoni Mobile n’aurait jamais existée.


Comment est né le Wapikoni mobile?


Manon Barbeau : En 2001, je suis partie tourner un film à Wemotaci, au nord de La Tuque, avec une quinzaine de jeunes atikamekw. Je faisais l’aller-retour dans un train à deux wagons, que l’on pouvait arrêter en chemin en lui faisant signe! Le film , la fin du mépris, parlait des rituels de passage à l’âge adulte. Je me suis vraiment attachée aux personnages et j’ai été touchée par leur détresse. Nombre d’entre eux tentent de se suicider. C’est de cette expérience qu’est née l’idée de créer un studio-roulotte.

Que signifie le nom Wapikoni?

M. B. : Une des jeunes filles qui tournait dans le film s’appelait Wapikoni Awashish. C’était une femme vraiment forte, une future chef. Elle est morte dans un accident de voiture en mai 2002. C’est pour lui rendre hommage qu’on a appelé le studio ainsi.

Comment fonctionne concrètement le studio?

M. B. : La salle de montage se trouve dans le chambre à coucher, le studio de son dans la douche et la salle de réunion dans ce qui était la cuisine de la caravane. Les expéditions durent un mois. Deux formateurs et une assistante sociale partent à la rencontre des futurs réalisateurs : des jeunes autochtones, recrutés par un coordinateur de la communauté. En quatre ans d’existence, le studio a formé 500 jeunes à différentes techniques, et plus d’une centaine de films ont ainsi été produits.

Vous avez pu développer d’autres projets autour du studio mobile...

M. B. : Il existe à présent trois studios permanents, à Wemotaci, Kitcisakik, et le dernier, inauguré en avril 2007, à Mashteuiatsh. Ils sont en bonne partie gérés par des jeunes autochtones formés lors de précédentes expéditions. D’ici quatre ans, on aimerait qu’ils prennent totalement le projet en main.

Comment va se passer la soirée du mardi 19 juin?

M. B. : On projettera les meilleurs films de chaque année, en présence de leurs réalisateurs. Il y aura Samian, un rappeur algonquin qui a fait ses débuts dans la roulotte alors qu’il sortait de prison. On attend aussi la présence de Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. J’aimerais qu’il soit là pour représenter l’importance du pont que le Wapikoni construit entre nos deux mondes.