13 juin 2007

Trois rois musiciens du Belize

Une avant-première du 24 heures, en version un peu plus longue que celle qui sera publiée. J'ai beaucoup aimé faire cette entrevue ! Le film Trois Rois sort le 22 juin au cinéma Ex-Centris.


Paul Nabor, 19 ans, joue de la guitare garifuna. Florencio Mess, 71 ans, est harpiste et luthier. Wilfred Peters, 76 ans, est accordéoniste. Tous trois sont les protagonistes de Trois Rois, le premier long-métrage documentaire de Katia Paradis. Rencontre avec une réalisatrice qui partage son temps entre Montréal et Belize.

Quelle raison t'a amenée à passer du temps au Belize, ce petit pays d’Amérique latine?

Katia Paradis : Qu’est ce qui fait rester les femmes dans d’autres pays que le leur, si ce n’est l’amour? Mon conjoint a grandi au Belize et travaille là-bas.

Comment as-tu rencontré les musiciens du film?

Katia Paradis : Je les ai croisés par hasard, l’un après l’autre. Ils m’ont tous charmée. Par exemple, Florencio fabrique des instruments. Son grand problème, c’est de trouver du bois. Il n’a pas de voiture, il part tout seul dans la forêt avec sa machette pour ramener des pièces assez grandes pour faire une harpe!

Pourquoi avoir choisi de faire le portrait de musiciens?

Katia Paradis : J’ai longtemps joué de la guitare classique, donc je suis attirée par la musique. Mais surtout, ce sont des personnages hors du commun. Il n’y a pas d’autre accordéoniste que M. Peters au Belize.. Du côté de Florencio, il existe d’autres joueurs de harpe, mais aucune jeune relève. Le cas de Paul Nabor est un peu différent. Depuis une dizaine d’années, les jeunes ont repris la musique garifuna.

Cela a-t-il été facile de tisser de liens avec eux?

Katia Paradis : Il faut du temps, mais j’ai commencé à tourner les premières images du film en 2002! Et le plus dur, c’est la langue. Au Belize, qui est une ancienne colonie britannique, on parle un créole dont la base est l’anglais, mais avec des structures de phrases très différentes. Maintenant je le comprends mieux, mais c’est difficile.

Les trois protagonistes sont de trois origines différentes...

Katia Paradis : L’accordéoniste est créole, c’est un mélange d’anciens esclaves mélangé avec des Européens. Le guitariste vient d’une culture complètement à part qui s’appelle Garifuna, un mélange d’Africains de l’Ouest et d’Indiens d’Amérique du Sud. Enfin, Florencio est Maya. Chacun vit dans sa communauté et ne communique pas avec les autres.

Il t’a donc fallu 5 ans pour faire ce film?

Katia Paradis : Dans le quotidien de ces hommes, il ne se passe rien. Il faut attendre des longues périodes pour comprendre l’essence de leur vie. Et puis, je voulais les suivre dans leurs voyages, et cela n’arrive qu’une fois chaque deux ou trois ans. Quand Florencio a été invité à Venise pour un festival de musique ethnique, je voulais bien sûr l’accompagner.

Finalement quel est selon toi le sujet principal du film? Belize? La musique?

C’est un film sur le Belize, qui renvoie une image du pays moins connue que celle du boom touristique qui s’y opère en ce moment. Cela parle aussi du temps qui passe, et là encore c’est très caractéristique du Belize. Si vous y allez, vous verrez que tout s’arrête : c’est un pays clame, tout petit avec très peu d’habitants. Dans l’Amérique Centrale, il a eu la chance de ne pas connaître de guerre civile, et son niveau de vie est un peu plus élevé. Il n’y a pas de ghettos non plus, les riches vivent à côté des pauvres. Enfin, c’est un film sur la passion de la musique, qui n’est pas mesurée par la virtuosité, mais plutôt sur la spontanéité de se rassembler pour en jouer, ce qui se perd doucement.

Trois Rois de Katia Paradis, à l’affiche du cinéma Ex-Centris le 22 juin.