13 juillet 2007

Tchou-Tchou Toronto (8 et 9 juillet)

Montréal-Vancouver en train, épisode 1 : Toronto

Dimanche 8 juillet, 11 h 40, en route pour Toronto. Premier contact avec le train : son incroyable tchou-tchou. Le long soupir d’une locomotive un peu lasse qui traîne chaque jour ses passagers dans le corridor. Cinq heures plus tard, on débarque à Union station, dans la capitale de l’Ontario. De cette ville, on m’avait dit deux choses. Qu’elle est une fournaise en été : c’est vrai. Et qu’elle a, par contre, l’allure froide d’une ville américaine : c’est faux. À condition toutefois de fuir les buildings gris encerclant le downtown.

Aimables streetcars

D’abord, il y a le charme des streetcars, les tramways rouges, et leur tricot de lignes électriques qui gardent au chaud les grandes artères. Les chauffeurs sont les plus aimables jamais rencontrés. À peine vous voient-ils arriver chargée d’un sac-à-dos plus gros que vous qu’ils vous expliquent le fonctionnement complet du tram. Comme Andy, chauffeuse depuis 1997 : « Tu dois descendre à King street, je l’annoncerai. Ça, c’est ton ticket de transit pour ensuite prendre la ligne 504 ».

Voyageurs transcanadiens

La 504 sur King street, c’est pour aller chez Dave Smaller, un Torontois de 29 ans. Ce grand gaillard blond a attrapé, comme il le dit, le « travel bug » - comprenez le virus du voyage, un gros moustique qui laisse des démangeaisons coriaces. Depuis qu’il a perdu son emploi en novembre dernier, Dave court l’Amérique de long en large. En six mois, il s’est rendu jusque Terre-neuve, et deux fois à Vancouver par la route, en trouvant souvent des astuces pour financer son trajet. Par exemple, « j’ai fait un car lift à Banff : conduire une voiture pour quelqu’un qui en avait besoin là-bas », raconte-t-il. Les rares moments où il n’est pas en vadrouille, il accueille des baroudeurs qui le sont : dernièrement, un touriste allemand, ou encore cette petite journaliste montréalaise qui traverse le Canada en train. Dans son appartement à Parkdale, un quartier situé à l’Ouest du Centre-ville de Toronto (« c’est un peu comme saint-Henri », compare Dave), il leur offre du café moulu maison, et un lit pour quelques nuits, à l’abri de ses rideaux de plantes vertes. Avec un peu de chance, il trouve le temps de les emmener au Mitzi’ sister, un bar de la rue Queen où il y a chaque soir des concerts, et au Keningkton Market, définitivement son endroit préféré de la ville : « Très multiculturel ! Il y a la plus ancienne communauté juive de Toronto, des Portugais... Les nouvelles vagues d’immigration s’y installaient avant de fonder leur propre quartier. » Quand les oiseaux de passage referment sa porte, Dave Smaller voudrait les accompagner : c'est son bouton du voyage qui lui gratte sérieusement.

Usines réaffectées

Une merveille dans Toronto : l’aménagement de vieilles usines en centres artistiques. Pas moins de trois bâtiments valent ainsi le coup d’oeil. The Power plant gallery, une galerie d’art contemporain sur les bords du lac Ontario; La distillerie, une ancienne fabrique de whiskey devenue une sorte de village d’artisans, et le 401, rue Richmond, communauté artistico-chic munie d’une garderie, d’une cour intérieure et d’un jardin sur les toits. Hamia Sivanesan et Maria Legault y prennent leur lunch au soleil, armées d’une liasse de papiers à étudier. « On travaille au Savac (collectif d’arts visuels de l’Asie du sud), explique la première, c’est au dernier étage de l’édifice » Maria poursuit : « Le jardin est ouvert à tous, c’est le propriétaire de l’immeuble qui l’entretient ». 130 designers, photographes, distributeurs de cinéma, éditeurs ou musiciens ont élus domicile et profitent de l’atmosphère de cette ancienne manufacture de boîte en fer pour le thé ou le tabac. Dans les couloirs, les perruches pépient. Un chat les guette, assis sur le parquet vernis.

Capitale culturelle

Dur de rivaliser avec Montréal ? Contre toute attente, Toronto fût pour moi deux jours culturels intensifs. À l’arrivée : une superbe compétition de danse hip-hop au Harbourfront center, devant le lac Ontario. Et juste avant de partir, le lundi soir, une pièce programmée au Fringe theatre festival, jouée sur et dans l’eau d’une piscine !