9 août 2007

Les francophones de Vancouver

(photo : le marché public de Granville Island)


Montréal-Vancouver en train, épisode 4 : Vancouver

Dans toute la Colombie-Britannique, 7 % de la population déclare parler français. Parmi eux, des Québecois, des Français, des Africains... Balade dans la ville à la rencontre de ces exilés.


Il est 19 heures, le soleil se montre tout juste sur Jericho Beach. Des dizaines de petites voiles blanches apparaissent sur l’eau, près du centre nautique. Pour les habitants de Vancouver, c’est l’heure de la partie de volley sur la sable, de la promenade des chiens ou de la bière en terrasse. À gauche : le Pacifique et quelques cargos qui s’y dirigent. À droite : les tours de la ville, rosées par la lumière du soir. Parmi les rumeurs de cette calme fin de journée, des brides de français s’attrapent. Québécois en vacances ? Que nenni. Ces francophones vivent ici, à Vancouver, comme 29 800 autres dans la ville et sa proche banlieue (Statistiques Canada). Certes, ils ne rivalisent pas avec les Chinois, les Indiens ou les Pakistanais qui sont légions de ce côté de l’Amérique, mais leur nombre n’a jamais cessé d’augmenter.

Une maison exemplaire

Là ou l’on est sûr d’entendre la langue de Molière, la moitié du temps avec l’accent d’Hubert Aquin, c’est au 1555 sur la 7ème avenue, dans Broadway Est. S’y trouve « La maison de la francophonie de Vancouver » et son café Salade de fruits, qui affiche des escargots à l’ail au menu du jour. Marie Bourgeois, la directrice actuelle de l’édifice, était déjà là lorsque le centre s’est créée en 1990. « Depuis, les communautés francophones du Yukon, de l’Alberta et de Toronto ont visité la maison pour s’enquérir de notre modèle de prospérité », raconte-t-elle derrière ses sympathiques grandes lunettes. Le 1555 loge une quinzaine d’organismes promouvant la francophonie ainsi qu’un théâtre, le Studio 16. C’est aussi devant ses locaux que s’installe en juin le festival d’été : il réunissait pour sa dernière édition Plume Latraverse, Chloé Sainte-Marie et Damien Robitaille.

Arrivée en 1974 dans l’Ouest, Marie Bourgeois a eu deux garçons avec son mari anglophone, un ingénieur pour CN (Canadian National) dont elle avait croisé le chemin à Montréal pour finalement le suivre au bout du continent. « À l’époque, il m’arrivait encore de me faire dire « speek white » (comprenez parlez anglais) si l’on entendait mon français dans la rue. Mais cela a bien changé ! », note-t-elle. Il y a aujourd’hui plus d’une quarantaine d’écoles francophones où peuvent aller les enfants dont l’un des parents a pour première langue le français. Quand aux autres, ils font la ligne pour s’inscrire dans les programmes d’immersion élémentaire.

« On est bien ici »


« C’est très tendance d’apprendre cette langue », confirme Zélie Dancause, jeune Montréalaise exilée à Vancouver depuis un an et demi. Au Caffè Artigiano, son endroit préféré de la ville, elle raconte ce qui l’a amenée ici : « Un programme de cinq semaines pour améliorer mon anglais », à la suite duquel elle décidait de rester deux mois supplémentaires, puis rencontrait un professeur de statistiques – français – qui partage aujourd’hui sa vie à Kitsilano, quartier branché au sud du centre-ville. « J’ai d’abord travaillé dans un magasin de produits québécois, avant d’enseigner le français dans un centre communautaire », poursuit-elle. Zélie n’a autour d’elle que des amis francophones : « Je vis en français, je travaille en français. Nous sommes tellement nombreux ici ». Elle tente tout de même de se mettre au diapason avec la ville, en pratiquant le yoga et en prenant des vitamines. La caricature de la fille de Vancouver ? « Des vêtements souples, un tapis sous le bras et un jus énergisant à la main ! », rigole Zélie. « Ici, on est bien. Ce n’est pas la ville la plus palpitante du monde, mais le cadre est magnifique, il y l’océan et les montagnes, on peut skier à moins d’une heure de bus de la ville... ». Cependant, elle rentrera sans doute un jour au Québec. Les 5 à 7 lui manquent trop et « de toute façon, c’est très cher ici. Si un jour j’ai des enfants, il faudrait se retirer loin en banlieue pour avoir une maison, ce dont je n’ai pas vraiment envie », conclut-elle.