6 août 2007

Une patrouille dans le Parc national


Montréal-Vancouver en train, épisode 3 : les Rocheuses

La ligne de chemin de fer traverse les Rocheuses et s’arrête à Jasper (Alberta), au beau milieu du parc national du même nom. 350 employés veillent sur ce trésor environnemental. Parmi eux, Mike Missekey, un garde rencontré lors d’une de ses patrouilles, un soir de juillet.

« Regarde ce camping-car arrêté sur le mauvais coté de la route, c’est sûr, ils ont vu quelque chose » Mike Missekey, l’un des gardes du parc de Jasper, ralentit sa garde-mobile à hauteur du véhicule stationné. Sur la gauche, dans les buissons de baies rouges, un ours fait festin. Son gros museau taché de brun fouine dans les feuilles avec énergie. On l’observe un court instant, avant que Mike fasse retentir son terrifiant klaxon : trois ou quatre coups suffisent à faire fuir le gourmand. « Un grand ours noir repéré sur la route du lac Maligne, kilomètre 7 », énonce Mike dans sa CB. Une voix féminine répond, sans doute depuis le bureau de l’administration. On l’imagine consigner l’information dans le grand cahier des ours du parc.

69 espèces d’animaux sauvages

1.8 millions de touristes passent chaque année à Jasper ; la plupart ont l’espoir d’apercevoir un ours sur leur chemin. Environ 80 Grizzly et le même nombre d’ours noirs peuplent les 10 000 km2 du parc. L’un des rôles de Mike Missekey et de ses collègues est pourtant d’effrayer ces animaux, afin qu’ils restent sauvages et se tiennent à l’écart des humains. « C’est paradoxal, s’exclame Mike dans un sourire, mais c’est nécessaire. En temps normal, j’aurai même utilisé une fusée pour faire peur à l’ours, mais aujourd’hui il fait trop sec, cela risquerait de faire partir un feu ». Trop sec, et trop chaud : la ville de Jasper enregistre 36 C ce 14 juillet. De quoi faire rêver à la poudreuse qui, en hiver, fait le bonheur des snowboardeurs de Jasper. À cette saison, ce sont les loups qui parcourent la route goudronnée. N’ayant jamais été chassés dans le parc, ils sont très peu farouches, « alors quand on les voit, on leur tire dessus avec des balles de gomme », poursuit le garde.

Uniforme vert

Plus loin sur la route du lac Maligne, le plus long lac des rocheuses avec ses 22 km de long, des photographes scrutent des femelles wapitis et des cerfs. « Ça me fait toujours un peu rire, ils ont si communs pour moi ! Mais je ne dois pas oublié que beaucoup en voient pour la première fois de leur vie », note le garde. Mike patrouille en voiture, mais certains des gardes de l’arrière-pays surveillent les chemins à cheval. Ils vivent dans des postes éloignés de la ville, travaillent 14 jours pour 6 jours de repos.

Mike porte le chapeau et l’uniforme vert de Parc Canada depuis 1999. « Les gens veulent souvent me prendre en photo ! ». Il vient de la Saskatchewan, est arrivé à Banff pour travailler dans le grand hôtel puis à multiplier les activités physiques (guide de rafting, sauveteur en mer...) avant de pouvoir passer les tests pour devenir garde. À présent encore, il change d’activité tous les jours, et toutes les saisons. « Hier j’entraînais des nouveaux en hélicoptère », raconte-t-il. En hiver, il fait partie de la patrouille de ski, qui s’occupe des sauvetages après les avalanches. Il aime son métier, et on le comprend.



Patrimoine mondial

Le parc National de Jasper fête cette année ses 100 ans. Il fût créé en 1907 dans un but commercial – l’exploitation minière, forestière et bien-sûr touristique y étaient autorisées. Cependant, un commissaire visionnaire, James B. Harkin, prévoyait les dangers de la sur utilisation de cet espace naturel. À force de persévérance, il fit changer le règlement du parc en 1930. Depuis, le parc est voué à la protection de la faune et de la flore et fait partie du site du patrimoine mondial des rocheuses.