24 octobre 2007

Art en bocal

Dare-dare présente Plan d’aménagement

Chercher aux yeux de tous. C’est ce que vont faire pendant trois semaines Julie Favreau et Caroline Dubois, deux artistes visuelles montréalaises. Soutenues par le Centre de diffusion d’art multidisciplinaire Dare-dare, elles investissent à partir du 1er novembre un local commercial avec vitrine donna
nt sur la rue. Les chanceux habitants du quartier Beaubien pourront les voir travailler le jour, et peut-être même la nuit.

À deux semaines du début de leur projet Plan d’aménagement, Julie Favreau et Caroline Dubois cherchent encore un local où s’installer. Elles en avaient trouvé un sur la rue Beaubien, juste à l’est de Saint-Denis, mais le propriétaire a subitement doublé le prix de la location. « Ce n’est pas grave, on en a un autre en tête, juste à côté », relativise Julie Favreau, en pleins pourparlers téléphoniques. C’est beaucoup de stress bien sûr – les cartons de communication attendent une adresse précise pour être imprimés – mais c’est aussi « une aventure, ça fait partie de l’idée », pense Caroline Dubois, qui a hâte que le Plan démarre enfin.

Ainsi, ce n’est pas dans leur futur atelier-vitrine que nous avons rendez-vous, mais quelque part en face, dans une boulangerie, un samedi matin tout gris. « Plan d’aménagement, c’est la suite d’un projet qu’on avait fait à Paris : La vitrine », commence Caroline la blonde. « On travaillait pour la première fois ensemble, poursuit Julie la brune, et on n’avait rien pu construire en avance, puisque c’était à Paris. » Elles ont donc créé, « recherché » comme elles disent, dans une galerie d’art dont la devanture donnait sur la rue. « Les passants pouvaient nous voir construire des choses puis les défaire. On a fait une performance, mais finalement, les moments de recherche sont devenus plus importants que les réalisations. »

Rebelote donc. Mais cette fois chez elles, à Montréal, dans leur propre quartier. « Ce n’est pas exactement pour cela qu’on a choisi cette rue ! », se défendent-elles en riant devant l’argument pratique. Dans un rayon proche de Dare-dare, elles y voient le lieu de vie le plus intéressant. « C’est un endroit en définition, précise Julie Favreau. Quand on a commencé à penser à notre projet, il y a un an et demi, la rue Beaubien était vraiment pleine de locaux inoccupés. »

Plateau de tournage

Elles débarqueront le 1er novembre dans leur lieu de création temporaire, à bord d’une camionnette remplie de bois, plastique, vêtements et divers matériaux qui leur serviront à mettre en place plusieurs décors. « On va faire un peu comme les tournages de cinéma : ils occupent un local pour un cours laps de temps, et puis s’en vont sans que les habitants n’aient eu aucune explication. La différence, c’est que nous allons parler de ce que nous faisons, à l’aide de panneaux. Et puis le public pourra entrer pour nous observer, échanger avec nous », explique Caroline Dubois. Elles seront appuyées dans leur démarche par Julie Chateauvert, agente aux relations publiques et communautaires de Dare-dare, qui a pour mission de rencontrer les différents groupes du quartier – les écoles par exemple – pour les mettre en contact avec les deux artistes.

À l’intérieur de leur bocal de création, Julie Favreau et Caroline Dubois suivront trois cycles prédeterminés : elles réfléchiront d’abord autour de l’idée du confort, puis aborderont le risque et enfin la saleté. Chaque thème se verra clôt par une performance à laquelle participeront des danseurs, acteurs ou musiciens. La première est prévue un jeudi soir, la seconde un vendredi dans la nuit et la troisième un dimanche à 15 h. « De la même manière, on va occuper le local à des heures diverses pour bénéficier des changements d’atmosphère et de lumière, souligne une des artistes. Mais avec des moments réguliers aussi, comme ça si quelqu’un passe un mardi matin pour aller travailler et qu’il repasse la semaine d’après, il verra que le local a changé. »

Le plus fascinant dans Plan d’aménagement, c’est d’imaginer ce qu’il y avait avant dans la vitrine – un vidéo-club pour leur première idée de local – et ce qu’il y aura ensuite – une épicerie, qui sait ? Le duo de performeuses se met à rêver : un vieil homme entrant dans leur décor leur raconte l’histoire du lieu, il y a trente ou quarante ans… Cela n’arrivera peut-être pas. Mais si cela arrive, elles s’en inspireront, c’est sûr.

Plan d’aménagement, par Julie Favreau et Caroline Dubois, dans le quartier Beaubien du 1er au 30 novembre. Pour connaître l’adresse exacte et les horaires d’ouverture, consultez le site du Centre Dare-dare : www.dare-dare.org