18 octobre 2007

Lointain conflit


En Tchétchénie, chroniques du proche étranger, Rash et Tamada, Vertige Graphic.

Tamada est scénariste, Rash dessinateur. En Tchétchénie est leur première bande dessinée, et le début d’une série sur l’actualité des pays du Caucase : Chroniques du proche étranger. Voici les seules informations disponibles sur la genèse de ce livre difficile à critiquer, puisqu’on n’oserait dire du mal d’un des si rares ouvrages – et la seule BD bien sûr – consacré aux guerres de Tchétchénie.

L’histoire s’installe en juillet 2000 en Ingouchie, république voisine de la région concernée, où 150 000 réfugiés espèrent, dans des conditions sanitaires pitoyables, de pouvoir retrouver leur maison. « Moi, je suis fier d’avoir emmené ma famille en Ingouchie, raconte Magomed. Quand Poutine a rasé Grozny, les nôtres disaient : "Nous sommes nés ici, nous mourrons ici". Mais une vie ne t’est jamais rendue… Alors qu’une maison se reconstruit ! ». Le narrateur, un jeune médecin français missionné six mois dans le camp, apprend qu’il lui faudra davantage soigner les âmes que les plaies.

Rash et Tamada jouent beaucoup sur la mise en forme. Ici, les cases sont présentées comme les éclats d’une vitre brisée, là comme les fenêtres d’un immeuble en ruine. Si ce jeu accentue l’état de dévastation avancée dans lequel la capitale tchétchène Grozny se trouve, il a aussi pour effet de brouiller la lecture. Pourtant, le dessin est beau : une ligne à la fois claire et torturée. Le visage du vieux tchétchène – avec ses grosses lunettes qui cachent des yeux qui pleurent – ne pourrait être mieux rendu.

Le docteur narrateur, finalement, agace. Si peu de profondeur lui est accordé qu’il est impossible de s’attacher à lui, tout comme aux Russes et Tchétchènes dont il croise le chemin. Chacun des personnages dans ces Chroniques du proche étranger ne sont que les figurants d’une belle intention. Le problème, c’est que le point de vue de ce livre reste à l’extérieur de la guerre, aux frontières du pays concerné, comme aux frontières du sujet abordé.

Difficile de voir ce livre comme autre chose qu’une pâle copie du Goradze de Joe Sacco. Avant qu’ils n’envisagent une série d’envergue, les auteurs des Chronique du proche étranger auraient pu creuser davantage leur premier arrêt, comme l’avait fait le journaliste dessinateur cité plus haut pour l’ex-Yougoslavie. Malgré ses faiblesses, on aime En Tchétchénie juste parce qu’il rappelle que « sur une population estimée à environ un million d’habitants en 1994, entre 150 000 et 200 000 Tchétchènes sont morts pendant les deux dernières guerres de Tchétchénie ». On ne saurait donc leur couper (toute) l’herbe sous le pied : ils sont de ceux qui pourraient aider à ce qu’on prononce un jour le mot génocide, en parlant de ce petit peuple fier.