1 novembre 2007

Tout doit disparaître

Tout doit disparaître, c’est l’histoire de deux copines. La première, Sabine, est blonde, charmante, simple et plutôt bien dans sa peau malgré son adolescence. La seconde, Alicia, est brillante. Mais elle se déteste, est coiffée comme « un cheval », se scarifie en cachette et traîne aux basques de Sabine et de son petit ami en mâchant des idées noires. Ça se passe en Bretagne, ou en Normandie peut-être, d’où est natif l’auteur, Simon Hureau. Enfin, peu importe, c’est quelque part à l’ouest de la France, dans un bourg miteux qui se décrépit au fil du temps. L’année de leurs 15 ans aurait pu être banale, si elles ne s’étaient entichées d’une fille étrange, Mélusine, ancienne skinhead réfugiée chez un oncle insupportable à la mort de ses parents. Toutes les trois, aussi différentes que possible malgré un âge similaire, commencent leurs quatre cents coups. Mélusine entraîne les deux autres à voler dans le tabac-presse de l’oncle et à boire leurs premières bières. Un soir, elle trouve le moyen de les emmener dans une rave, dépeinte dans une glauque noirceur. Par naïveté, Sabine gobe une pilule d’ecstasy. Pendant que Mélusine défend Alicia sur le point de se faire violer : les dégoûtants agresseurs s’en tirent avec du sang sur la tronche.

On pourrait croire que ça les amuse, quelque part, de fumer dans les chemins de campagne, devant les vaches dont les pets trouent la couche d’ozone et les fermes coupées en deux par la nouvelle autoroute. Mais pas du tout. Le ciel est lourd comme un bœuf, il pleut tout le temps et les bruits de la nuit dans les rues désertes terrorisent les personnages autant que le lecteur. Il y a des chevaux morts dans la rivière, bouffés par des goélands charognards. Des renards coincés dans des pièges de braconniers qu’il faut achever pour cesser leurs souffrances. La mer, à peine croquée dans l’histoire, n’est plus capable de soigner les plaies d’un village rempli de vieux fous, de malades et de rejetés. L’endroit idéal pour grandir...

Et puis tout dérape. Les vieilles histoires se déterrent entre folie, violence et règlements de compte. Tracé au feutre noir et coloré au lavis rouge sang caillé, Tout doit disparaître est sombre et efficace comme un polar. Un récit rempli d’assassins. De vrais meurtriers qui tuent des hommes, mais aussi des meurtriers qui tuent la campagne, qui rachètent pour trois fois rien les belles pierres des vieux agriculteurs juste avant qu’ils ne crèvent, et en font des résidences secondaires pour Parisiens en quête de terroir.

Mais au lieu de tomber dans la mode du livre de mœurs, qu’il s’agisse de celles de la province éloignée ou de celles des filles de 15 ans, Simon Hureau choisit la fiction dans toute sa grandeur et son suspens : les squelettes exhumés du fond du jardin, les vieux égorgeurs de chats... Malgré ces histoires incroyables, Tout doit disparaître ne peut que nous conduire dans les souvenirs de nos années secondaires, surtout si on les a passées dans la cambrousse. Les mêmes dialogues, les mêmes mauvaises fréquentations parfois, les amis qui tournent mal et ceux qui s’en sortent bien. Un livre passionnant avec plein de pages pour que ça dure longtemps.

Tout doit disparaître, Simon Hureau, éditions Futuropolis.