31 janvier 2008

Cela ressemble au premier voyage


Festival Voix d'Amériques : Carte blanche à Jérôme Minière (Publié dans Quartier Libre)

Cette année, Jérôme Minière recevra son cadeau de Noël en février. C’est le Festival Voix d’Amériques qui le lui offre, emballé dans une carte blanche à la Sala Rossa. Le vidéaste Dan Popa, la dessinatrice Marie-Pierre Normand et le violoniste Guido del Fabbro l’accompagnent dans sa recherche de La vérité sur les arbres.

Ce texte aurait pu commencer par quelques phrases écrites par Jérôme Minière, un extrait en avant-première – inédit, qui sait – de l’objet scénique non identifié La vérité sur les arbres, créé pour le Festival Voix d’Amériques. Mais il faut se rendre à l’évidence, ce genre de chose, ce n’est pas le journaliste qui en décide. « J’aimerais que les gens aillent voir le spectacle sans rien en attendre, explique le chanteur-qui-n’en-est-pas-qu’un, en déclinant la demande de nous confier un peu de sa trame narrative. La seule piste que je peux donner, c’est que c’est un récit conté du point de vue d’un enfant de cinq ans, lequel va nous expliquer la vérité sur les arbres ».

De toute façon, il est difficile de décrire le spectacle, puisqu’il ne sera pas fixé avant d’avoir lieu. À la conférence de presse du festival, mi-janvier, tout tenait encore dans une petite valise jaune écossaise, que Jérôme Minière portait avec une timidité souriante dont on mettrait en doute les fondements, tant l’homme est d’approche charmante – peut-être en partie à cause de cette timidité, après tout. « Ce n’est pas comme si on avait six mois pour tout préparer, raconte-t-il. Il y aura une grande part d’improvisation. J’écris le canevas, les autres créent l’habillage et après on se lance. Cela pourrait devenir catastrophique, mais je ne suis pas vraiment inquiet, il n’y a pas de barème pour juger ce genre de création. » L’imperfection que revendique dans son festival la directrice artistique de Voix d’Amériques, D Kimm, lui fait plaisir. « Avec moi il n’y a pas de soucis !, rigole Jérôme Minière. Dans un spectacle de musique pop-rock, j’ai toujours un petit malaise, car je suis plus étrange ou imparfait que le standard », pense-t-il. Mais il s’y habitue. Et le public aussi.

Les quatre branches de l’arbre

Ce texte aurait également pu être accompagné d’une photographie de Jérôme Minière, mais il n’aime pas trop montrer sa tête – et puis on peut bien la trouver ailleurs, en supposant qu’on ne la connaisse pas déjà. Cette grande famille dessinée là, à droite, c’est une partie du spectacle, le morceau que remplit Marie-Pierre Normand, scénographe et dessinatrice (Promenade, La Pastèque). Depuis que Jérôme Minière réalise ses disques sur l’étiquette La Tribu, elle en conçoit les visuels. Les autres branches de La vérité sur les arbres sont le vidéaste Dan Popa, réalisateur du videoclip de « Trains », extrait de son dernier album Coeurs, et Guido del Faddro, un habitué du festival, qui a entre autres travaillé avec Pierre Lapointe. « J’ai voulu faire le spectacle avec eux, car nous partageons un côté ludique et hétéroclite dans nos goûts et nos démarches », explique-t-il.

Cette carte blanche, Jérôme Minière l’approche comme un véritable cadeau. Il dit y retrouver son amour du cinéma, qu’il a abandonné pour la chanson après l’avoir étudié, et empiéter doucement sur son fantasme d’écriture. « Si je fais un lien entre tout ce que j’ai fait en une dizaine d’années, c’est le fait de raconter des histoires. Ce projet m’y ramène. Je me suis rendu compte que j’étais accro à la fiction, je ne peux pas passer une journée sans qu’on me raconte un bout d’histoire, ou que j’en raconte un moi-même ». Sa seule barrière, c’est qu’en cinéma comme en chanson, la forme écrite qu’il pratique n’est pas l’aboutissement final, et il complexe doucement d’être capable un jour d’écrire tout simplement dans une forme aboutie.
Aucun doute pourtant qu’un aussi généreux Jérôme Minière puisse parvenir à nous faire croire un tas de choses. Un tas de choses.