14 janvier 2008

C'est beau, point

Elle, c’est Dominique, le personnage principal. Trentenaire et célibataire, maman d’une petite Nikita, elle s’amourache de lui, trentenaire aussi, et, depuis peu, célibataire également. Faire semblant c’est mentir est une histoire d’amour qui arrive après. Après celles qu’on a déjà vécues, après les enfants qu’on a déjà faits, après les orages, les choix et la maturité. Elle ne va pas d’elle-même, il faut la créer, la soigner, la protéger des fantômes.

Faire semblant
est aussi une autobiographie. Encore une, oui, et pas de celles qu’on trouvera les plus intéressantes. Mais peu importe ici : sur le contenu des histoires de « la Goblette » (dixit son éditeur Jean-Christophe Menu), je pardonnerai tout. Le chien qui tourne en rond dans la cour, l’avion qui passe au dessus d’un jardin de banlieue... Je goberai comme des aventures improbables les plus anodines scènes contées au crayon de plomb par cette auteure belge. Son dessin et sa graphie suffisent, pour la première fois dans mes lectures, à faire d’une bande dessinée une œuvre accomplie. C’est beau, point.

Accomplie, maintenant que j’y pense, est un adjectif bien paradoxal pour ce livre. Les images, dont aucune n’a été pourvue d’encre, ont l’air d’être inachevées. Comme si le secret de leur style régnait dans le tracé des lignes, et non dans l’objectif d’un résultat parfaitement esthétique. Coup de grâce : les cases de la fin s’envolent dans un ciel peinture à l’huile et portent les dialogues comme le vent fait planer des hirondelles. C’est cette texture grasse qui, sans doute, aura mené l’Association à publier le livre hors collection, relié par un chic cartonné inspiré des éditions anglophones.

Entre les cases de la vraie vie ainsi qu’en introduction, on découvre le papa de Dom, « Papy Moustache », ancien pompier porté sur la boisson, aux accents aussi bruxellois qu’éthyliques. Chapitre un : « J’ai tout fait moi pour toi. Tu vas pas venir faire ta péteuse avec moi ! Toi, avec ton langage universitaire. » Des souvenirs d’enfance, racontés comme une psycho-art-thérapie, aux retrouvailles père-fille pendant lesquelles il faut faire abstraction de tout ce qui déraille pour garder l’essence minuscule du bonheur d’avoir une famille... Dominique Goblet lutte pour obvier aux sentiments cafardeux. Elle a pour armes ses crayons et pour alliée Nik, son intrépide fillette blonde aux grands yeux.

Comment vivre sereinement malgré tout, en restant l’être sensible et fragile que l’on est ? Pas en feignant le bonheur, c’est sûr.

Faire semblant c'est mentir, Dominique Goblet, l'Association.