26 mars 2008

Dandy cow-boy


Gus, 2. Beau bandit, Christophe Blain, Dargaud.

Si Christophe Blain, l’auteur de Gus, est connu pour avoir l’un des plus beaux faciès du monde de la BD française, ses personnages aventuriers n’ont pas moins de charme. Vous étiez tombées amoureuses de Gus, le cow-boy au nez d’une longueur provocante, héros du premier tome intitulé Nathalie ? Vous craquerez à présent sur Clem, le bandit au grand cœur, qui, avec ça, sait s’habiller comme il faut.

Beau bandit, deuxième opus de la série Gus, arbore sur sa couverture un bleu roi frappant – après l’orange flashy du premier tome. Il tresse cette fois son histoire autour de Clem, le chef de la bande des outlaws séducteurs. Rouquin aux cheveux-brocolis (comme le dit sa fille Jamie), infidèle jusqu’à l’os, amoureux jusqu’aux tripes, Clem est un homme qui refuse – avec une raison qu’on lui accorde sans bouder – de tenir trop fort son rôle d’adulte. Il garde au bout des doigts sa responsabilité envers sa fille et la mère de sa fille, Ava, son premier amour, une écrivaine passionnée et autoritaire. Mais il s’enfuit souvent, de longues périodes, dans les bras d’une banque à braquer, ou d’une femme à aimer – Isabella, tout aussi libre que lui.

Si Gus a moins fait parler de lui que l’épopée précédente de Christophe Blain, Isaac le pirate (primée au prestigieux festival d’Angoulême), il est pourtant beaucoup plus audacieux. Surréaliste, en fait, comme le classe le hors-série BD du magazine Beaux Arts. D’abord dans ses couleurs, puisque le vert de l’herbe a de quoi vous faire porter des lunettes de soleil et le rouge du ciel, des lunettes de ferrailleur. Dans ses formes, ensuite : sans parler du nez phallique de Gus, l’on retrouve toutes sortes d’exagérations aussi ludiques que réussies.

Les cartésiens pourront reprocher à Gus, par contre, d’être moins structuré. Si le premier tome s’engageait dans une architecture à courts épisodes, le second s’en libère assez vite. Si bien que l’on soupçonne l’auteur de parfois pratiquer l’automatisme, sans réel scénario préétabli. Au bout du compte, ce dont le lecteur peut être sûr, c’est la fougue amusée avec laquelle Christophe Blain dessine. Pas de doute, en écrivant Gus, il ne travaille pas, il joue. Un jeu de cow-boys comme quand il était petit. Un jeu de courtisans, comme à présent devenu grand. Le jeu d’un homme-enfant, partagé entre amour et liberté.