12 avril 2008

Le toupet dans le vent


À l’automne dernier, de passage à Paris, j’ai raflé compulsivement deux petites BD rouges : Moi je et Moi je et cætera. Dans la librairie jaune, je n’ai regardé qu’elles. À peine achetées, mal assise Place de la Bastille, je les ai lues tout rond. Le ciel était bruineux, le fond de l’air gris. Résultat : je les ai mal digérées. C’est que voir étalés là, devant soi, comme une pâte à tarte, son propre narcissisme, ses propres désespoirs, ses propres petites joies… J’en suis devenue toute bleue.

Six mois plus tard, les éditions Warum, avec dans leur catalogue les Moi je d’Aude Picault, débarquent au Québec. En même temps, Glénat publie Eva, J. F. se cherche désespérément, une série de la même auteure, au préalable parue dans le magazine people Voici. Les aventures de deux copines, la brune et la blonde, qui partent chasser la nuit en club, le toupet dans le vent, mais ne ramènent jamais le prince charmant qu’elles imaginent. J’ai tout relu, plus calmement cette fois, avec la saveur douce-amère des plaisirs presque coupables.

C’est qu’Aude Picault en laisse indifférents toute une poignée – ceux qui trouvent qu’elle est trop anecdotique, trop dramatique dans Papa, trop parisienne – tout autant qu’elle en accroche d’autres pour la vie et d’un seul trait (je fais partie de ceux-là). Ses bouches en canard, ses franges glamour et ses rondeurs anodines ne font que sublimer une recette qui marche très bien : mettre à nu son coeur de cute jeune fille célibataire, souvent insatisfaite, parfois au bord du suicide à l’encre de Chine.

Une clope sur le balcon : « Mais en fait, à force d’avoir des tas d’histoires, moi je ne sais plus quand je suis amoureuse » ; les premiers après-midi de soleil : « Victoire de la journée : changer une chambre à air » ; les journées sous la couette, l’appart en bordel, les conseils pas terribles d’une maman divorcée et le pain-beurre-café du matin pour affronter le monde. Dans ses carnets Moi je, Aude Picault est un Sempé moderne, au féminin. Qui plait également aux garçons – de source sûre.

Dans Eva, la série du magazine Voici, elle ajoute de la couleur, des problèmes de sac à main et des histoires de fringues. Avec bienveillance, elle se moque des miss aux grandes lunettes. Elle se moque aussi d’elle-même, sans doute.

Et de nous ? Beaucoup.

Moi je et Moi je et cætera, Aude Picault, Warum.
Eva, J. F. se cherche désespérément
, Aude Picault, Glénat