24 mai 2008

Toi et moi, c'est ça (Is you me)


Ces derniers temps, mon lyrisme pour contrecarrer les a priori provocants de ma colocataire sur la danse contemporaine (Mouais, ça se trémousse tout nu sur scène, mais à part ça...) s'étouffait avec politesse.

J'errais de molles déceptions en vifs emmerdements, (Tiens, tu n'applaudis même plus, remarquait l'ami Christophe) exception faîte des 10 dernières minutes d'Un peu de tendresse bordel de merde (Dave St-Pierre), ou de - 20 degrés, la nouvelle création - glaçante - de Paul-André Fortier.

Mais ouf, depuis hier soir, ça va mieux. Is you me vient de me réconcilier avec mon amour de la discipline, et je ricane sans vergogne à la face de ceux qui ne la comprenne pas. Oui oui, j'ai eu ma troisième révélation, après Russel Maliphant et Hiroaki Umeda. Toi (la danse contemporaine) et moi, on est fait pour s'entendre. C'est un peu comme avoir côtoyé une file d'affreux amants, puis de tomber sur une perle et se rappeler qu'on aime les hommes - soupir de soulagement.

Is you me vient aussi de me réconcilier avec Benoît Lachambre, dont le dernier Lugares Comunes m'avait franchement ennuyée. Créé avec l'interprète Louise Lecavalier, le compositeur Hawn Rowe, et le plasticien Laurent Goldring, Is you me (j'aime ce titre, je ne m'en lasse pas) mêle l'électroacoustique live et le dessin (lui aussi en direct) à la chorégraphie. Un truc bien bien moderne et multidisciplinaire, à la fois sobre et compliqué.

Noire et blanche pendant au moins la moitié du spectacle, la scénographie accepte finalement les couleurs, une par une : rouge foncé d'abord, puis bleu ciel, jaune d'or, vert pelouse. Benoît et Louise enfilent les sweat correspondants. Ils font rire, par moments, de leurs mouvements animaliers et adolescents. Fascinent à d'autres, pris de transes épileptiques. Puis étonnent de leur influences hip-hopiennes, alors que le dessin qui se trace entre eux, derrière eux, sous eux, rappelle le graff, comme une culture de rue du futur.

Avec d'un côté ses longs cheveux blonds, ses idées sur la communication sensorielle entre danseurs et sur l'authenticité du mouvement, et de l'autre des mises en scène technologiques usant parfaitement des possibilités de son temps, Benoit Lachambre est un chorégraphe "hippie d'avant-garde".

Hier, il n'y avait pas d'amis pour en témoigner, mais j'ai applaudi. Je me suis même levée.

Et non, je ne suis pas blasée - soupir de soulagement.

Pendant le festival Transamériques, à l'Usine C, jusqu'au 26 mai.