17 juillet 2008

Chasse aux lézards

Mon amie Maude dit que quand son estime de soi s'est barrée loin dans les rochers, que la marée est tellement basse qu'on ne voit plus la mer, il faut faire une chose facile pour laquelle on est doué. Alors moi j'écris des petits textes idiots.

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C’est là. Lové au fond de tes épaules. Un petit nid d’insectes. Ou de lézards, tu ne sais pas trop. Des lézards, oui, disons que cela serait des lézards. Voilà, revenue d’un long voyage en Afrique équatoriale, t’as choppé des lézards dans les épaules. C’est une maladie un peu grave. Pas trop, parce que tu n’en mourras pas. Mais un peu, parce qu’elle retourne le cerveau.

Disons que ce serait une maladie cachée. Un truc qui revient parfois, comme le palu, ou comme les boutons de folie du creux des lèvres, quand tu as trop bu et bien dansé. Parfois donc, quand ça revient, il y a un lézard qui s’échappe du berceau familial, te chatouille la clavicule, remonte à pas pesés le long de ton coup et te rentre violemment dans l’oreille. POP ! Ça fait un petit slurp, puis un grand pop, et le lézard disparaît, aspiré dans ton crâne, à la recherche d’un bout de cervelle à retourner...

Quand il a sa pièce détachée, celle qui fait la maline en solitaire, (pfff l’enfer c’est les autres bouts de cervelle, moi je suis bien dans mon coin) il la ventouse avec ses doigts – petit pop - et il entame les rotations. Chaque quart d’heure, minuté au poil, comme pour le champagne. Hop, un demi-tour. Hop, un autre demi-tour. Et ça commence à faire des bulles. Pendant ce temps-là, le lézard s’ennuie. Alors il te fredonne des petits mots. Toujours des chansons tristes, du Jacques Brel par exemple. Des trucs à se tirer une balle... Et toi, ben, forcément, tu as le lézard. Certains ont le bourdon, d’autres le cafard. Toi, tu as le lézard.

Disons que ce serait une maladie un peu grave, mais pas trop. Tout ça, ce serait à cause des lézards. Pas à cause de tes parents avec qui tu te disputes, pas à cause des erreurs que tu fais ou des choix qui sont compliqués. Pas à cause des mauvais compliments, non. Ni des bouts d’enfances gâchées, ni des souvenirs-malaises, ni des amis qu’on perd. Non. Tout ça, c’est à cause d’un lézard aux pattes palmées qui te transforme un bout d’hémisphère trop fier en boîte à bulle explosive, en te soufflant dans la tête des chansons d’enterrements.

Disons que ce soir, tu as le lézard, et que tu ne fais pas la maline.