18 septembre 2008

La piste

Je me suis levée tôt, pour aller à la bibliothèque. Je suis arrivée tard, à la bibliothèque. J’y suis venue à cause d’un livre. Je suis sur une piste. Mon sujet de mémoire est un jeu de piste. Je parle de mes idées aux gens, ils me donnent des titres de livres. Je cherche les livres.

J’ai cherché le livre, j’ai trouvé le livre. Je me suis assise en face d’une jolie blonde. Le livre est beau. Il est vieux mais il sent bon. C’est bon signe.

Le livre est plein de notes au crayon mine, entre les chapitres. Le crayon mine a été effacé, par un employé de la bibliothèque, sans doute. Cet employé a peut-être lu les notes au crayon mine. Il a peut-être été amusé de les lire. Il a peut-être été énervé de les voir. J’aurais bien voulu lire ce qu’il a effacé.

L’écriture qui a tracé les notes est toute fine. Elle traduit un fort besoin d’intellectualisation (par ses long l qui collent au plafond) et un soucis d’encrage dans le concret (par ses p qui tirent au plancher). Elle a beaucoup d’idées, veut les réaliser, mais elle s’essouffle en bout de phrase. Je le sais, j’ai suivi un cours de graphologie.

Je plisse des yeux devant l’écriture effacée. Je devine le mot grenouille. Je devine le mot Bonaparte. Ces deux mots n’ont rien à voir. Ces deux mots n’ont rien à voir avec mon livre.

C’est ma professeure de méthodologie qui m’a lancé sur la piste du livre. Elle a dit que ce pourrait être une bonne première lecture. J’étais très enthousiaste. Mon copain a dit: «J’aimerais avoir autant d’enthousiasme que toi».

Le livre s’appelle Discours, Figure. Il a été écrit par Jean-François Lyotard. Le premier chapitre s’appelle Le parti pris du figural. Je l’ai lu et, je crois, l’ai compris. Le second chapitre s’appelle Signification et désignation. Je l’ai lu et, je crois, ne l’ai pas compris. Le troisième chapitre, je ne l’ai pas lu.

J’ai regardé sous la table. J’ai demandé à la jolie blonde. J’ai retourné mon sac. Rien. Perdu. J’ai dû le laisser chez mon copain, pour qu’il s’en serve. Ou bien dans le bureau de ma psy ? Mais non, je ne crois pas. Je l’ai peut-être laissé tomber dans la rue, tout simplement, en venant à la bibliothèque.

Au troisième chapitre, je perds souvent mon enthousiasme.