10 octobre 2008

Dans la vallée des Moomins

La maison d’édition montréalaise Drawn & Quarterly publie depuis deux ans les recueils de strips mettant en scène la famille Moomin. Le troisième des cinq volumes prévus est paru cet été.

Ils ont des gros nez ronds, mais il ne faut pas les confondre avec des hippopotames. Ils sont blancs, poilus. Ils vivent en famille dans une tour au bord de la mer, au rythme de ce qui ressemble à une douce utopie – imaginée alors que montait le fascisme en Europe. Ce sont les Moomins : des trolls (quel affreux mot pour de si jolis personnages) créés par la finlandaise Tove Jansson et apparus pour la première fois dans des livres illustrés de langue suédoise en 1945. Depuis, dans leurs pays d’origine, ils sont adulés et respectés. Les enfants scandinaves les trimbalent sur leurs sacs et leurs bobettes et ils vont tous une fois dans leur vie au parc d’attractions qui leur est dédié : Moomin World.

Jusqu’en 2006, à l’exception de quelques diffusions télévisées de l’adaptation japonaise de leurs aventures en dessin animé, les Moomins ne couraient pas nos vallées nord-américaines. Étrange, car la finesse des réflexions de ces bipèdes attachants n’a rien à envier à Peanuts ou à Calvin et Hobbes. Un exemple : alors que Snork Maiden, la blonde de Moomin (le Moomin qui s’appelle Moomin), est jalouse d’une lady à qui son amoureux fait des courbettes, une amie lui glisse une devinette ironique. « Quelle est la différence entre le premier et le dernier amour ? » « On pense toujours que le premier est le dernier, et que le dernier est le premier. » Quant au trait de crayon de leur dessinatrice, il exprime par d’infimes changements de sourcils une multitude de réactions humaines (gêne, colère, amour, etc.) qui se passent de tout commentaire écrit.

La méconnaissance de cette œuvre ne pouvait provenir d’un problème de traduction. Les strips publiés par D & Q l'ont été pour la première fois en anglais par le quotidien londonien The Evening News à partir de 1954. Tove Jansson les dessina jusqu’à l’épuisement de son inspiration en 1959, puis laissa la série aux mains de son frère Lars Jansson, capable de copier son style avec précision.

Si vous tenez à lire Moomin en français, la même série de comic strip existe chez un éditeur jeunesse français, Le petit lézard, qui a démarré ses publications en même temps que ses comparses anglophones. Lui en est rendu au deuxième tome, Moomin et la mer. Cependant, sachez qu’il vous en coûtera, au Québec, le double du prix pour la version française – mais c’est le lot de beaucoup de bandes dessinées importées d’Europe – et que surtout, vous subirez le massacre effectué sur la typographie : une casse toute impersonnelle et grasse. Que c’est laid.

Une source d’inspiration

C’est que Moomin constitue un héritage à ne pas traiter à la légère. Le petit monde de la BD ne s’y est pas trompé. La publication anglophone des strips a reçu le distingué Harvey Award, tandis que la version française s’est vue remettre le prix essentiel patrimoine au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en janvier dernier.

Dans les long-métrages Mon voisin Totoro ou Le voyage de Chihiro de la star de l’animation japonaise Hayao Miyazaki – notons qu’il était l’un des scénaristes de la série animée des Moomins – on trouve quelques similitudes avec les trolls finlandais. Les Japonais célébraient de toute manière leur amour des personnages de Tove Jansson bien avant nous. Et l’on trouve d’ailleurs, dans le quartier chinois de Montréal, sur le boulevard St-Laurent, une épicerie qui vend des boîtes de bonbons à l’effigie des lutins blancs...

Moomin, Tove Jansson, Le petit Lézard. Deux tomes parus.
Moomin, the complete Tove Jansson comic strip, Drawn & Quarterly. Trois tomes parus.