21 octobre 2008

Pauline (et les loups-garous), Appollo et Oiry


Pauline a 17 ans. Bientôt 18. Ses cheveux en bataille ont des reflets rouges dans la nuit. Appuyée contre la vitre, sur le siège passager, elle dort. Angus, son copain, roule sur l’autoroute sans permis, au volant d’une voiture qu’il a « empruntée » à sa mère. Pauline et Angus s’enfuient vers la Vendée. Là-bas, ils veulent trouver un petit boulot, de serveuse ou de mécanicien, pour économiser puis s’envoler vers le Canada. Ils ont commis un « fait divers sanglant », pas si grave que cela, mais tout même assez pour les presser à prendre la route. L’histoire de Pauline (et les loups-garous) commence ainsi, à la manière d’un road movie de grands adolescents, avec pour trame sonore une vieille cassette d’AC/DC.

Le scénariste Appollo, actuellement professeur de français en Angola, co-signait l’an dernier avec Lewis Trondheim le remarqué Île Bourbon, 1730. L’ouvrage, volumineux et didactique, suscitait chez ses lecteurs une soif de connaissance pour l’île de la Réunion (dont Appollo est originaire), un peu comme l’on veut tout savoir de l’Iran après avoir refermé Persepolis de Marjane Satrapi. Cependant, avec Pauline, Olivier Appollodorus (son vrai nom) approche un univers beaucoup plus intime.

La narration alterne entre les voix intérieures de Pauline et d’Angus. Elle pense : « Angus, c’est le plus chouette garçon que vous pouvez imaginer. Ce qu’il a fait ce soir, personne n’aurait osé le faire ». Pendant qu’il rumine : « Ce qui me fait chier, c’est qu’on soit l’un contre l’autre, et que je ne peux rien faire... Elle est juste contre moi, et je ne peux rien faire, merde ! » Malgré cette diversité de points de vue, c’est bien autour du personnage de Pauline, qui donne son nom à l’album, que se tisse l’intrigue. Pourquoi a-t-elle ce rapport si étrange avec la sexualité ? D’où lui viennent ses étranges visions nocturnes, transformant les visages d’hommes en ceux de loups garous ?

Le dessin de Stéphane Oiry peut plaire aux habitués de la BD d’auteur comme à ceux d’un style plus réaliste. Son trait s’apparente à celui d’auteurs européens modernes (Simon Hureau, Peggy Adam) quand l’atmosphère de ses mises en scène puise dans des influences américaines. Le chapitre final, dans la forêt, évoque immédiatement Black Hole de Charles Burns.

À la fois roman d’apprentissage et conte fantastique, Pauline (et les loups garous) établit avec avec une justesse émouvante et une économie de moyens le tempérament d’une jeune fille. Sa manière de parler, de bouger ou de s’habiller contribue, dans un ensemble cohérent, à faire vivre ce personnage auquel on s’identifie rapidement. Cette qualité indéniable du livre transporte aussi avec elle son défaut : le lecteur reste sur sa faim (de loup). On a envie de suivre Pauline, et même les loups-garous, un peu plus longtemps.

Pauline (et les loups garous), scénario de Appollo et dessin de Stéphane Oiry, éditions Futuropolis.