28 octobre 2008

Valse avec Bachir (Ari Folman)


Valse avec la guerre

Valse avec Bachir n’est pas seulement un long-métrage d’animation. C’est aussi un documentaire, une autobiographie, un travail sur la mémoire et un pamphlet contre la guerre. D’abord contre celle que le film raconte : l’intervention militaire israélienne au Liban en 1982 et les massacres des camps de réfugiés palestiniens Sabra et Chatila. Puis contre toutes les autres guerres.

Le Festival du Nouveau Cinéma, qui se terminait dimanche, vient de distinguer Valse avec Bachir du Prix de l’innovation Daniel Langlois, destiné à une œuvre « qui se démarque par son audace esthétique, son utilisation créative des nouvelles technologies ou sa capacité innovante à adresser un sujet sensible ». Cela tombe bien, car que l’on ait aimé ou pas le long-métrage de l’israélien Ari Folman, on peut aisément assurer qu’il combine ces trois réussites.

« Le film retrace ce qui s’est passé en moi à partir du jour où j’ai réalisé que certaines parties de ma vie s’étaient complètement effacées de ma mémoire », raconte le réalisateur. Soldat de l’armée israélienne en 1982, il renoue contact, sur les conseils d’un ami psychanalyste, avec d’anciens membres de sa division. Son but ? Remonter le fil de ses souvenirs et comprendre sa participation dans l’invasion de la ville de Beyrout. Ari Folman et son équipe ont d’abord réalisé des prises de vues réelles des entretiens menés avec les ex-soldats, dont ils ont gardé les enregistrements sonores dans la version animée. Tous les témoignages du film sont donc réels, seul deux d’entre les noms des neuf personnes interrogées ont été modifiés à leur demande.

Ari Folman souhaitait dès le départ d’utiliser l’animation pour réaliser Valse avec Bachir. En documentaire de prise de vue réelle, le film aurait été un montage d’entrevues ennuyantes et de peu d’images d’archives. Pour montrer au spectateur ce que le réalisateur avait réellement vécu, l’animation semblait une solution évidente.

La deuxième force du choix de l’animation réside dans sa sobriété. Comment montrer des chars, des tirs, du sang, des morts tout au long d’une heure et demie, sans dépasser le seuil de tolérance du spectateur ? Tout comme Spielberg optait pour le noir et blanc dans La liste de Schindler, tout comme Art Spigelman représentait les juifs et les nazis par des chats et souris dans son roman graphique Maus, l’animation de Valse avec Bachir permet de démontrer l’horreur de la guerre, sans tomber dans un voyeurisme insoutenable. À la toute fin du film, lorsque le journaliste interrogé raconte son entrée dans le camp de Chatila juste après les massacres, l’animation est doucement substituée par une image d’archive. Les 10 ou 20 secondes de plans serrés sur les corps mutilés et la détresse des survivants sont plus que suffisantes pour nous rappeler que Valse avec Bachir est une histoire vraie. L’animation ne reviendra pas, ces images sont bel et bien la conclusion du film, l’effet ainsi réalisé est implacable.

Mélange d’animation Flash, d’animation classique et de 3D, Valse avec Bachir a été réalisé en quatre ans par une équipe d’animateurs plutôt réduite. Il balance entre la pleine exploitation des possibilités de l’animation (des transitions graphiques entre les différentes scènes, par exemple) et la copie des codes du cinéma de prises de vue réelle. Un paquet vide de chips vient étrangement s’écraser contre une caméra – qui n’existe pas.

Son vrai défaut esthétique, quant à moi, est de rappeler un peu trop les jeux vidéos de guerre. Mais ici encore, on pourrait y trouver un choix de réalisation : celui de nous transporter dans la tête de jeunes soldats qui, dans un mélange de peur et de protection d’eux-mêmes, tirent sans prendre conscience que leurs gestes appartiennent au monde tangible.

Valse avec Bachir, Ari Folman.