21 novembre 2008

RIDM : Chats errants (zone temporaire d'inutilité)

Un billet pour Parole-Citoyenne (ONF)


Aux Rencontres Internationales du documentaire de Montréal (RIDM), je suis allée voir le film Chats errants (zone temporaire d’inutilité), de la belge Yaël André. Un documentaire qui habite le charme des recoins inutiles et, par la même occasion, les formes inusitées du cinéma.

Un festival de films documentaires, ça peut faire peur. Je veux dire, c’est comme le journal, le matin. On le lit parce qu’on se doit de le faire pour être ouvert sur le monde, et aussi parce que cela nous fascine et nous passionne. Mais dès la Une, on sait qu’on ne va pas rigoler toutes les pages. Avec les RIDM, c’est un peu pareil. On va nous parler d’injustices, de conflits, de pauvreté… On le sait. Mais heureusement, on ne va pas nous parler que de ça. On ne verra pas que des films qui nous feront pleurer et nous révolter. On verra aussi ceux, comme celui de Yael André, qui nous feront rire, au moins sourire et nous sortirons des zones habituellement battues par leur genre documentaire.

Chats errants (zone temporaire d’inutilité) suit des chats (errants), ou plus précisément quelques personnages un peu loufoques qui les nourrissent au jour le jour. Mais les minous, ce n’est qu’un prétexte. “Les chats, ils nous en ont ouvert, des portes !”, rigolait la réalisatrice Yaël André au terme de la projection qui avait lieu dimanche. “Quand on veut tourner au Colysée à Rome, il faut normalement dépenser quelques milliers d’euros, mais s’il s’agit de filmer les chats qui dorment sur les vieilles pierres, on nous ouvre grand les portes.”

Le sujet qui dort derrière Chats errants, ce sont ces terrains vagues, ces bâtiments abandonnées, ces chantiers qui n’avancent plus, cloîtrés derrière leurs grillages, ce bout d’espace abandonné, dans votre rue, qui ne sert à rien. Tous ces endroits où vous n’allez pas, parce qu’il n’y a rien à y faire, parce que souvent c’est interdit, et que les chats investissent naturellement - comme ils trouvent dans les maisons des recoins sans intérêt pour se rouler en boule.

Dans Chats errants nous rencontrons, entre deux nourrisseurs de chats (un réfugié politique qui n’a pas grand chose d’autre à faire, un homme âgé qui se sent seul, une dame qui connaît le nom des 51 chats habitant un cimetière) des urbanistes, des cartographes, des hommes de loi ou encore des élus, qui, à Rome, nous expliquent que les chats font désormais partie du patrimoine de la ville. Et qu’il est interdit d’empêcher quiconque de les nourrir.

Insérant des réflexions philosophiques, des lectures d’extraits poétiques, des citations littéraires ou historiques, Chats errants fait le tour de la question du vide. Du vide juridique, du vide urbain, du vide de sens : l’absurde. Comme cet endroit, près de Bruxelles, où la direction de la capitale belge est indiquée depuis le même endroit dans deux sens opposés.

Dans son film-promenade entre des lieux inutiles, Yaël André a gommé sa subjectivité pour permettre au spectateur d’y glisser la sienne. Loin d’essayer de le convaincre ou de lui démontrer quoi que ce soit, elle ne fait que l’emmener dans les espaces qu’il a oublié lui-même. Dans son appartement peut-être, dans son jardin, qui sait? Dans sa famille, pourquoi pas.

Chats errants (zone temporaire d’inutilité), Yaël André.