24 février 2009

10 ans de Kino

(Entre deux examens, je blogue toujours pour Parole Citoyenne)

Jeudi soir prochain, les Rendez-vous du cinéma québécois fêteront les 10 ans du mouvement Kino, né à Montréal en 1999. Ce laboratoire de création ultra-démocratique a fait des émules à travers le monde : 50 cellules Kino existent aujourd’hui, dispersées dans 14 pays. Ceux qui ne connaîtraient pas encore le mouvement peuvent en parcourir le site, ou lire ici un résumé de leur philosophie.



François Jacob, l’un des directeurs artistiques de Kino, a rejoint le mouvement en 2005. En pleine préparation pour la soirée de jeudi, il a abandonné un instant son banc de montage afin de répondre à quelques questions pour Parole Citoyenne. Merci à lui.

Pour quelles raisons à été fondé le mouvement Kino ?

François Jacob :
Le mouvement Kino est essentiellement né d'un besoin de tourner exprimé par une jeune génération d'étudiants de l’Université Concordia et de l'UQAM. En 1999, il n'était pas facile d'avoir accès à des salles de montage ou à de l'équipement, et s'il y a bien une chose qui n'a pas changée depuis 10 ans, c'est la difficulté à obtenir du financement pour créer.
Donc, Kino permettait cela. En mettant en commun les ressources et les individus, Kino a permis non seulement à cette génération (et aux nouveaux venus) de créer, de consolider leurs connaissances et leur vision artistique, mais aussi de se faire des contacts et de voyager.

Combien de films ont été tournés dans le cadre de Kino pendant ces 10 années ?

F. J. : Je dirai pas loin de 3000 courts métrages par peut-être 500 créateurs. C’est énorme, et ces films sont bien-sûr loin d'être tous des chefs d'œuvres. Kino multiplie les événements propices à la création, et avec une moyenne de 10 films par soirée depuis 10 ans, sans compter les événements spéciaux au Québec comme à l'étranger, les raisons sont très nombreuses pour produire et créer. Le Mouvement favorise la création libre, les essais, l'apprentissage et la poésie, et on retrouve sur nos écrans de belles créations sincères, qui sont souvent de véritables perles, qu'on pourrait difficilement voir ailleurs dans un contexte de cinéma subventionné.


Y a-t-il des grands cinéastes d’aujourd’hui qui ont débuté dans le mouvement Kino?

F. J. : Tout à fait. Et Kino aura toujours sa raison d'être tant et aussi longtemps que des artistes en émergeront. D’abord, de très nombreux films kinos connaissent de belles carrières en festival : ceux d'Eric Gravel, de Christian Laurence, d'Ianic Mathieu, de Pascale Marcotte…

Puis, ce qu'on aurait tendance à appeler aujourd'hui « la nouvelle vague québecoise » est composée en très large partie de membres de Kino : Henry Bernadet et Myriam Verreault, les réalisateurs d' À l'Ouest de Pluton (les co-fondateurs de Kino Québec), Stéphane Lafleur et son Continental, un film sans fusil primé aux Jutra (fondateur de Kino), Raphaël Ouellet (Derrière moi, Le cèdre penché), Martine Asselin, une réalisatrice réputée de nombreux longs métrages documentaires. Je ne cite là que la pointe de l'iceberg.

Stéphane Lafleur, le réalisateur de
Stéphane Lafleur, le réalisateur de Continental, un film sans fusil est l'un des fondateurs de Kino.

Qu’est-ce qui a changé dans le mouvement depuis 10 ans ?

F. J. : La prolifération tous azimuts. Les services qu'on offre aux membres ont augmenté. La qualité de nos projections mensuelles au Lion d'or, qui fait maintenant l'objet d'une programmation et qui est toujours aussi vivante. Et, surtout, l'ouverture du mouvement à un plus vaste public et à une plus grande base de créateurs. Aujourd'hui Kino est connu et reconnu partout. Les gens viennent à nous, autant les créateurs que les festivals et les diffuseurs. Nous travaillons très fort pour que cette ouverture ne rime pas avec l’anonymat de l'institution que nous sommes devenue. Le sentiment de solidarité et de famille nous est indispensable pour continuer à avoir du plaisir dans la création et dans l'échange avec le public.

À quoi s’attendre pour la soirée d’anniversaire de jeudi aux RVCQ ?

F. J. : Sept réalisateurs et monteurs du mouvement ont relevé le défi de mixer notre folle filmographie de 10 ans, dans le but d'en faire des créations uniques pour le public. On y verra donc des extraits de très nombreux films kinos, aussi bien des classiques comme des films oubliés. La projection sera suivie d'un concert du groupe français Daniel Thompson's house.



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Dix ans de Kino, special Kino kabaret remix, jeudi 26 février, 21 h, cinémathèque québécoise.

À l'Ouest de Pluton, de Henry Bernardet et Myriam Verreault, vendredi 27 février, 19 h 30, cinémathèque québécoise.

Débat 5 à 7 "Nouvelle Vague québécoise" avec entre autres invités Rafaël Ouellet, Henry Bernardet et Myriam Verreault, mardi 24 février, 17 h, cinémathèque québécoise.