20 février 2009

C'est pas moi, je le jure ! (Philippe Falardeau)

À première vue, C'est pas moi je le jure ! n'est pas mon film préféré de Philippe Falardeau (La moitié gauche du frigo, Congorama). Ce que je lui reproche ? Un côté bon sentiments, l'histoire clichée d'une famille qui se déchire, et une mise en scène trop ficelée pour laisser s'installer la vie. Falardeau semble avoir tout prévu : le moment exact où il nous fera rire, comme le moment exact où il nous fera pleurer. Alors forcément, on rit et on pleure, mais c'est un peu malgré nous. Voilà : C'est pas moi je le jure ! est un film qui nous apprivoise, mais malgré nous. Après tout, comment faire autrement ? Affirmer que le film m'a laissée indifférente ne serait qu'un mensonge éhonté.



La pierre précieuse du film, c'est le narrateur Léon, dix ans, et son acharnement à foncer dans le mur et à sauter dans le vide. Cette espèce de caractère explosif le rend si attachant, mais sombrement inadapté à quelque système que ce soit.

C'est ce point de vue d'un enfant, peut-être, qui m'a immédiatement fait penser à My Girl (1991) d'Howard Zieff (l'une des K7 dont j'ai le plus usé la bande magnétique quand j'étais môme). La ressemblance est troublante jusque dans l'époque : My Girl a lieu dans les années 70, et C'est pas moi, je le jure ! se déroule à peine plus tôt. Dans les deux films, on retrouve ce regard caméra d'un enfant, assis dans la cuisine, qui va nous raconter son histoire. Dans les deux films, il y a cette jolie histoire d'amour entre un gars et une fille d'une dizaine d'année, issus de familles monoparentales ou disfonctionelles. Enfin et surtout, dans les deux films, c'est de la mort qu'il s'agit, et on ne l'évite pas sous prétexte de mettre en scène des enfants.

My girl, Howard Zieff (1991)

À Berlin, C'est pas moi, je le jure ! a remporté deux prix dans la catégorie Génération, celle des films destinés au jeune public. Philippe Falardeau en fut étonnemment tout étonné : "Je remercie sincèrement les programmateurs de la section Génération, qui ont vu en ce film un potentiel que je n’avais même pas vu moi-même! J’ai redécouvert mon film à travers leurs yeux."

Moi, petite, j'aurais adoré ce film. Je le sais. "Tout de même, ce petit garçon qui veut mourir", me signale un ami à la sortie de la projection. Bon, je suis loin d'être une experte en psychologie infantile. Mais j'ai finalement trouvé le ton de l'affaire très éducatif. Tout est dans ce "Mon petit Léon, il faudra bien un jour affronter tes démons" lancé par le prêtre qui accepte à la demande du héros de décrocher le Jésus qui le regarde depuis le mur.



Bref, comme l'a bien résumé l'interprète de Léon, Antoine L'écuyer, présent hier soir à la projection des Rendez-vous du cinéma québécois, C'est pas moi, je le jure ! est "un film touchant". Avec en prime une belle reconstitution des années 1960 : ce vélo jaune à grand guidon, moi qui suis pourtant trop jeune pour l'avoir conduit, j'en serai presque nostalgique.

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C'est pas moi, je le jure ! sera de nouveau projetté pendant les RVCQ le 28 février, à 19h au cinéma Beaubien. La projection s'inscrit dans le cadre de la série Vues de l'esprit, organisée par l'Institut Douglas, qui présente des films traitant directement ou indirectement d’un aspect de la santé mentale suivie d'une discussion. Le Dr. Johanne Renaud, directrice médicale spécialisée en travail clinique auprès des enfants, et le réalisateur Philippe Falardeau échangeront avec le public.