28 février 2009

À l'Ouest de Pluton

Plus j'y repense, et plus je me dis qu'À l'Ouest de Pluton est un film magique. Pourquoi ? Parce que c'est de la vie pure à l'écran. C'est exactement le contraire de ce que je reproche à des films trop bien faits (comme C'est pas moi, je le jure ! par exemple, dont je parlais ici récemment), des films dans lesquels chaque parole est calculée, chaque effet d'émotion est contrôlé.



Avec ce premier long-métrage de deux jeunes cinéastes de Québec, Henry Bernadet et Myriam Verreault, le rire n'est pas décidé pour nous à l'avance. Il surgit par hasard, par surprise... D'ailleurs, aucun spectateur ne rit exactement au même moment. Et même si quelques répliques ont surement été pensées drôle à l'écrit, ce sont plutôt les situations si familières de l'adolescence, ces comportements si absurdes et déroutants qui nous interpellent. Dans un film pareil, on se sent libre, à l'aise, on devient l'observateur complice de l'histoire et non le pigeon pris au piège d'un scénario bien ficelé. On respire ! Merci.



D'À l'ouest de Pluton, je ne peux pas vraiment présenter le synopsis. À part dire qu'il s'agit d'une bande d'adolescents, certains amis, d'autres non, qui vivent (juste vivent et rien d'autre) dans une banlieue de Québec, je ne vois pas quoi d'autre ajouter. On est à mille lieux des drames de Tout est parfait. Ici, les drames sont quotidiens, à la hauteur de ceux que nous avons tous vécu.

J'ai vu À l'Ouest de Pluton hier soir aux Rendez-vous du cinéma québécois, et je suis une retardataire puisque le DVD est déjà en vente depuis une semaine. Ma première pensée en le voyant a été "Je n'ai jamais rien vu de pareil". C'est neuf, c'est nouveau. Alors, Henry Bernadet et Myriam Verreault appartiendraient vraiment à cette nouvelle vague québécoise dont on parle?



Et puis, un peu plus tard, j'ai fait le rapprochement avec une autre nouvelle vague, celle que portaient les premiers films de Milos Forman, dans les années 1960 en Tchéquoslovaquie. Avec notamment Black Peter (L'as de Pique, 1964) : on y suit un gars un peu perdu qui fleurte, qui danse au bal, qui se frotte aux autres ados et aux colères de son père. Tout comme les réalisateur d'À l'Ouest de Pluton, Milos Forman observait les jeunes de son époque d'un regard précis et scientifique, comme s'il s'agissait de comprendre (tout en les respectant) les habitants d'une planète étrangère (Pluton?).

Black Peter
est également un film quasi anti-narratif, l'histoire tenant sur un morceau de feuille, rien ne nous étant lourdement expliqué, signifié. Nous n'apprenons pas au troisième plan que telle fille est orpheline, que telle autre est une peste. On nous laisse découvrir et juger par nous-même. Et tant pis si l'on s'emmêle dans les personnages... Dans les deux cas, le tout semble avoir été tourné dans une collaboration particulière entre les membres de l'équipe, entre la réalisation et les acteurs surtout.

Black Peter (Milos Forman, 1964)

Bref, À l'Ouest de Pluton est une perle à laquelle je pardonne ses quelques longueurs au montage, sans pour autant me sentir magnanime. En fait, les longueurs font partie du jeu : s'il n'y en avait pas, on ne trouverait pas non plus une telle vie à l'écran. Car la vie est faite de longueurs...

Je souhaite à Henry Bernardet et Myriam Verreualt de réaliser de nombreux autres films, et de ne pas oublier leur fraîcheur en chemin.