10 février 2009

RVCQ : Tout est parfait

Pour Parole Citoyenne-ONF :

Le premier long-métrage d’Yves Christian Fournier, Tout est parfait, ouvrait les Rendez-vous du cinéma québécois en 2008. Le festival le reprogramme de nouveau cette année (manque-il de films ?) mais c’est tant mieux, parce qu’il est bon.

On a bien sûr beaucoup parlé de Tout est parfait pour son sujet sensible, le suicide chez les adolescents. Mais c’est aussi un film qui, selon moi, doit être vu pour toutes sortes de qualités de réalisation qui supportent avec légèreté son sujet grave : l’écriture du scénario signée Guillaume Vigneault, la justesse du jeu de ses acteurs adolescents, sa photographie lumineuse qui rappelle celle de Paranoïd Park (Gus Van Sant) ou Mean Creek (Jacob Aaron Estes) – deux films qui ont également des ados pour personnages principaux et deux films qu’Yves Christian Fournier cite volontiers parmi ses influences.

Pourquoi vous reparler ici de Tout est parfait ? Parce que je suis tombée par hasard sur un entretien avec son scénariste et son réalisateur sur la chaîne Canal Savoir (vous savez, ce merveilleux poste du câble qui diffuse des cours des différentes universités de Montréal, depuis les mathématiques appliquées jusqu’aux nouvelles règles de la grammaire). Et parce que j’aimerais retranscrire ici quelques-uns des propos qu’ont tenus Guillaume Vigneault et Yves Christian Fournier pendant cet échange télévisé avec des étudiants de l’UdeM.

Sur la construction des personnages du film.

Guillaume Vigneault : La première directive que je me donnais était : « Il ne faut pas faire parler les personnages comme s’ils avaient trente ans, ce sont des ados ». La justesse du langage était très importante. Je me suis beaucoup promené dans les Cégeps et j’ai ouvert les oreilles sur l’argot des jeunes, sur la façon dont ils se parlent mais aussi sur la façon dont ils se taisent. Il y a un des acteurs du film qui m’a finalement dit : « Ton scénario il est bien car même quand je n’ai pas de texte, j’ai du jus ». Ça m’a fait plaisir parce que c’est ce que je recherchais.

Yves Christian Fournier :
On voulait que cela sonne vrai comme dans les films de Ken Loach, et de Gus Van Sant. Pas du tout comme les adolescents qu’on trouve habituellement dans le cinéma québécois !

Sur le choix des acteurs.

Y. C. F. : Au départ, on voulait faire le film seulement avec des amateurs. Je voulais avoir la même approche que les frères Dardenne. Pour Le Fils, ils avaient vus en audition 3000 personnes et la comédienne qu’il ont choisie pour le rôle principal féminin venait de la rue. Finalement, pour toutes sortes de raisons dont la difficulté d’embaucher des mineurs, on a vu aussi des jeunes qui avaient de l’expérience. Parmi eux, Maxime Dumontier était très bon, on l’a donc pris. Pourquoi vouloir des acteurs amateurs ? Parce que selon moi, quand on est ados, on a pas vu encore grand chose, et on a beau être talentueux, on a pas vu beaucoup de chose du monde, alors c’est dur de créer un véritable personnage de composition. Il faut donc puiser dans la vraie vie. Quand on a vu les ados en entretien, on leur demandait de parler d’eux, de leurs amours, de leurs peines.
Il y avait par exemple une scène que Maxime n’arrivait pas à livrer. C’est avec la mort récente de son grand père qu’ont est allé chercher les sentiments nécessaires. Les choses de la vraie vie viennent charger le jeu des acteurs.

Sur le tournage en région.

Y. C. F. : Au départ, je n’avais envie de tourner ça nulle part : ça ne me tentait pas de faire un film à Montréal, ni un film de plateau, ni un film de région. J’aime les villes comme détroit, les périphéries des grands centres, avec toutes sortes d’endroits trash. Comme dans le film Elephant (Gus Van Sant) où c’est une banlieue de Portland. Alors du coup j’ai trouvé mon compte dans une ville imaginaire. En plus, aucune région n’aurait aimé être associé au sujet du suicide. C’est d’ailleurs un sujet universel, aussi tabou ailleurs qu’ici. C’est bien que l’endroit ne soit pas reconnaissable.

Sur les dangers de laa poésie qui se dégage du film, et qui pourrait valoriser le suicide.

Y. C. F. : En fait, on a beaucoup travaillé sur la lumière, souvent ensoleillée et sur la beauté de la nature que l’on présente. C'est de la que vient la poésie du film. Pour moi, c’est une manière de dire : « Il y a peut-être d’autres façons de vivre que celle que tu as essayée ». C’est une manière de faire la promotion des choses simples. C’est ce que résume le poster du film : le personnage est sur le pont, avec devant lui le vide et derrière le soleil. Il faudrait qu’il se retourne et il trouverait de la lumière.

Sur les influences documentaires d’Yves-Christian Fournier.

Y. C. F. :
Je pense que la meilleure école de cinéma possible, c’est le documentaire. Ceux qui ont un regard documentaire ont une appréciation de la réalité. Ta job de réalisateur c’est de dire « j’y crois » ou « j’y crois pas ». Par exemple, en se baladant, on est tombé sur des enfants qui jouaient sur un pneu. C’était beau, on a prise la scène car on ne peut pas recréer ça. Après, on s’arrange avec le monde pour pouvoir utiliser les images. Anaïs Barbeau-Lavalette, la réalisatrice du film Le Ring, travaille comme ça. Elle vient du documentaire. Pour son film, elle est parti deux ou trois jours se promener dans Hochelaga pour filmer des gens à leur fenêtre. Ce n’est jamais aussi bon quand on veut recréer ces images.

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Tout au long des mois de février et mars, la chaîne Canal Savoir propose une série de rencontres avec des artisans du cinéma québécois, « Au cœur du cinéma québécois ».

Pour revoir Tout est parfait sur grand écran, c'est pendant les RVCQ .