21 mai 2009

Betty Goodwin au Musée d'art contemporain

Betty Goodwin est décédée à Montréal le 1er décembre 2008, à l’âge de 85 ans. Le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) lui rend hommage par une exposition en forme de rétrospective, présentée du 22 mai au 4 octobre. À la fois reconnue pour ses gravures, sculptures, peintures et dessins, Betty Goodwin est l’une des figures les plus importantes de l’art contemporain canadien. En un demi-siècle de carrière, elle a reçu plusieurs prix distingués et a participé à une ribambelle de manifestations internationales. Les institutions n’ont pas attendu sa disparition pour reconnaître l’importance de son travail : en 1976 déjà, le MACM lui consacrait une première exposition.

L’hommage qui ouvre ses portes ces jours-ci retrace, en quelque 45 œuvres, les différentes pratiques qui ont forgé la reconnaissance de l’artiste montréalaise. Ce tour d’horizon d’une vie entière dégage une cohérence frappante : une esthétique sobre, sombre, qui se développe et se répond d’un médium à l’autre, autour du fil conducteur de la trace, du deuil, de la présence et de l’absence du corps. Betty Goodwin a vécu et a grandi, en tant qu’artiste, en même temps que le Pop Art. Mais, tout en tenant elle aussi une réflexion autour de la société de consommation (elle utilise par exemple des bâches de camions dans son travail) elle s’est cependant tenue à distance des couleurs du mouvement. D’emblée, son travail a quelque chose d’ancestral, il est davantage « métaphysique », précise Josée Bélisle, la conservatrice du MACM dans le texte du catalogue de l’exposition.

Pour la néophyte que je suis, la série la plus marquante de la rétrospective de l’oeuvre de Betty Goodwin est celle des vestes (et autres vêtements : une casquette, une paire de gants…) gravées, compressées à l’eau forte afin d’en tirer une empreinte fossile, imprimée comme un fantôme sur le papier. Une métaphysique qui évoque les débuts de la photographie et les premiers portraits, qui gardaient l’image des êtres après leur mort. Plus tard, Betty Goodwin enferme ces mêmes vestes (elles représentent en partie le père, le sien était tailleur) dans une boîte en plexiglas, les enterrant sous une couche de terre, superposées comme des strates géologiques, ou comme… des cadavres.

Son dessin, lui aussi, peut accrocher n’importe quel œil novice. À l’amatrice de bande dessinée contemporaine que je suis, il rappelle dans quelle lignée se situe les traits de la talentueuse Dominique Goblet, ou du plus exposé Lino (que j’apprécie un peu moins, mais il m’est immédiatement venu en tête). Crayon, huile et fusain se mêlent pour tracer des corps anonymes car toujours, au moins légèrement, leurs têtes ont été effacées. Des Nageurs, on ne sait pas bien s’ils flottent, dérivent, coulent ou remontent le courant. Ils semblent avoir lutté, non dans la violence mais dans la beauté, comme pour So certain I was, I was a Horse ou Untitled (nerves) n5. « Une grande paix dans la douleur », disait Joseph Beuys, dont Betty Goodwin était l’admiratrice.

Betty Goodwin m’a touchée, comme s’il s’agissait de découvrir une œuvre que je connaissais sans connaître, quelque chose qui m’aurait inspiré sans le savoir.